L’Europe s’est largement abstenue du vote de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies proclamant mercredi 25 mars la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage comme le crime le plus grave contre l’humanité. La résolution a obtenu 123 voix favorables, tandis que trois États — l’Argentine, Israël et les États-Unis — ont voté contre. Parmi les 52 abstentions, figuraient la quasi-totalité des gouvernements de l’Union européenne et le Royaume-Uni.
L’Europe refuse de classer les atrocités
Cette abstention généralisée des gouvernements occidentaux à l’ONU s’explique par des préoccupations communes. Les délégations de l’Union européenne redoutent que le texte établisse une hiérarchie entre les atrocités historiques. Le représentant français Sylvain Fournel a exprimé cette crainte en déclarant que la résolution risque de mettre en concurrence des tragédies qu’il n’y a pas lieu de comparer. Les capitales européennes affirment reconnaître la monstruosité de l’esclavage tout en refusant de « classer » les crimes contre l’humanité selon une échelle de gravité.
L’Union européenne a également contesté le fondement juridique du texte. La représentante de Chypre Gabriella Michaelidou a jugé inexacte la formulation « crime le plus grave », arguant qu’aucune hiérarchie légale n’existe entre les crimes contre l’humanité en droit international. Bruxelles a critiqué l’application rétroactive de règles qui n’existaient pas à l’époque et a remis en question les demandes de réparations au regard du droit international.
Le Ghana rejette l’argument de la hiérarchisation
Le ministre des Affaires étrangères du Ghana a rejeté ces objections, soulignant que la traite atlantique se caractérise par son ampleur systémique, sa durée de plus de trois siècles et ses répercussions durables sur les sociétés actuelles. Il a précisé que désigner ce crime comme le « plus grave » ne minimise en rien les autres souffrances historiques, mais reconnaît plutôt l’ampleur exceptionnelle de ses conditions et de ses conséquences.
Cette initiative ghanéenne a été lancée à l’occasion du 25 mars, journée dédiée à la mémoire des victimes de l’esclavage. Le président John Mahama a invité la communauté internationale à poursuivre les efforts vers une justice réparatrice et à présenter des excuses officielles des nations impliquées dans le commerce des esclaves.
Un texte symbolique sans force contraignante
Bien que dépourvu de caractère obligatoire, cette résolution revêt une portée symbolique majeure. Elle officialise au niveau mondial une qualification contestée et ouvre la voie à des débats ultérieurs sur les mesures concrètes d’indemnisation et de reconnaissance historique que réclament depuis des décennies les gouvernements et mouvements africains.