Ruud Gullit, ancien international néerlandais et Ballon d’Or 1988, a exprimé publiquement son désenchantement vis-à-vis du football actuel lors de l’émission télévisée Rondo, diffusée aux Pays-Bas. L’ancien milieu offensif de l’AC Milan a ciblé le manque de créativité et d’individualité dans le jeu contemporain.
C’est le match entre Arsenal et Chelsea, récemment disputé en Premier League, qui a cristallisé sa frustration. Gullit a qualifié la rencontre de « baggerwedstrijd » — terme néerlandais signifiant littéralement un match de très mauvais niveau — et a déploré que les joueurs semblent davantage chercher à récupérer des coups de pied arrêtés qu’à tenter de prendre leurs adversaires de vitesse. Selon ses déclarations rapportées par le site spécialisé Voetbalkrant, il ne regarde désormais plus que les résumés des matchs, faute d’y trouver un intérêt suffisant.
Un football trop formaté selon Gullit
Le constat de Gullit va au-delà d’un simple match raté. Il pointe une tendance de fond : des joueurs physiquement au sommet, mais privés de liberté créatrice par des systèmes tactiques rigides. « Iedere speler is superfit, maar het plezier en de inventiviteit ontbreken », a-t-il déclaré, soit : chaque joueur est en parfaite condition physique, mais le plaisir et l’inventivité font défaut. Il compare le football actuel à un jeu de stratégie sur plateau, où chaque action serait calculée et prévisible, au détriment de l’improvisation.
Seul Lamine Yamal, l’ailier du FC Barcelone âgé de 17 ans, trouve grâce à ses yeux comme exemple de joueur encore capable de prendre des risques en dribblant un défenseur.
Une voix qui porte
La critique de Gullit résonne d’autant plus qu’elle vient d’un homme dont la carrière reste une référence dans l’histoire du football européen. Formé aux Pays-Bas, il a rejoint l’AC Milan en 1987, où il a remporté deux Ligues des champions et deux titres de Serie A aux côtés de Marco van Basten et Frank Rijkaard. Avec la sélection nationale, il a été le capitaine de l’équipe qui a décroché le seul titre majeur des Pays-Bas, l’Euro 1988, en battant l’URSS en finale à Munich. Cette même année, il a été élu meilleur joueur du monde par France Football.
Après une carrière d’entraîneur — notamment à Chelsea et Newcastle United dans les années 1990 — il s’est reconverti comme consultant et commentateur, intervenant régulièrement dans les médias néerlandais et britanniques.
Un débat récurrent dans le monde du football
La critique du football moderne pour excès de tactique revient régulièrement dans les discussions d’anciens joueurs formés dans les années 1980-90, période souvent citée comme un âge d’or du jeu offensif en Europe. Des données compilées par des instituts d’analyse comme Opta montrent que le nombre moyen de dribbles tentés par match en Premier League a reculé de manière significative au cours des dix dernières années, une tendance observée dans la plupart des grands championnats européens.
Gullit n’a pas annoncé de prise de position formelle ni de projet en lien avec ces déclarations. Ses propos, tenus dans un cadre télévisuel, alimentent un débat qui devrait se prolonger à l’approche de la Coupe du monde 2026, dont les États-Unis, le Canada et le Mexique sont les pays hôtes.

