Telegram a supprimé 114 348 chaînes et groupes le 17 mars 2026, selon les statistiques publiées en temps réel sur le site de la messagerie. Depuis le 1er janvier, la plateforme en a bloqué plus de 1,547 million, et plus de 750 000 sur les sept derniers jours seuls.
Un rythme de suppression sans précédent
La plateforme publie des rapports de transparence quotidiens sur les suppressions de contenus, mais les volumes de mars 2026 dépassent tous les seuils antérieurs. Selon l’agence TASS, en 2025, l’administration de Telegram a bloqué près de 2,7 fois plus de chaînes et de groupes violant ses règles qu’en 2024, soit plus de 44 millions au total. Le record absolu reste celui du 1er janvier 2026, avec près de 543 000 groupes et chaînes supprimés en une seule journée — le blocage le plus massif enregistré depuis le début des observations en décembre 2023.
Ce durcissement opérationnel fait directement suite à l’arrestation, en août 2024 à l’aéroport du Bourget, du fondateur et PDG de la messagerie, Pavel Durov. Un mois après sa mise en examen, il avait annoncé que Telegram coopérerait désormais avec les autorités judiciaires, leur transmettant des informations sur des utilisateurs suspectés d’activité criminelle — une rupture totale avec la politique de confidentialité affichée jusque-là.
Durov dans l’étau judiciaire : Paris et Moscou
En France, la justice reproche à Pavel Durov de ne pas avoir agi contre la diffusion de contenus criminels sur son application. Mis en examen pour une série d’infractions relevant de la criminalité organisée, il avait été soumis à un contrôle judiciaire strict. Le 13 novembre 2025, il a obtenu la levée des mesures qui lui interdisaient de voyager à l’étranger et l’obligeaient à pointer au commissariat de Nice, après avoir respecté toutes ses obligations judiciaires selon des sources proches du dossier. Ses avocats ont déposé une requête en nullité, une demande de placement sous le statut de témoin assisté, et introduit un recours préjudiciel devant la Cour de justice de l’Union européenne. L’instruction est toujours en cours.
En Russie, le dossier a pris une tournure différente. Le 24 février 2026, le Service fédéral de sécurité (FSB) a officiellement ouvert une enquête criminelle contre Durov pour « complicité d’activités terroristes », selon les médias d’État Rossiyskaya Gazeta et Komsomolskaya Pravda. Depuis 2022, Telegram aurait été utilisé pour commettre 153 000 crimes selon les chiffres avancés par ces mêmes médias d’État, dont 33 000 liés au terrorisme ou à l’extrémisme. Durov a dénoncé sur X une instrumentalisation politique, affirmant que Moscou chercherait à forcer les citoyens russes vers une application d’État appelée Max.
Une plateforme sous pression, des criminels en migration
À la mi-2025, Telegram avait annoncé une mise à jour de sa politique de modération, indiquant qu’elle commencerait à coopérer avec les services de police. Cette inflexion a eu des effets mesurables dans l’underground numérique. Selon le rapport analytique de Kaspersky Digital Footprint Intelligence de 2025, les blocages s’intensifient depuis octobre 2024, poussant des groupes majeurs de cybercriminalité vers d’autres messageries comme SimpleX.
En Russie, depuis le 10 février 2026, Roskomnadzor a admis continuer d’imposer des restrictions successives, la dégradation du trafic ayant atteint 55 % selon les rapports locaux, au motif que Telegram « continue à ne pas se conformer à la loi russe ». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a conditionné l’avenir de la plateforme à sa conformité aux exigences légales russes, notamment l’ouverture d’un bureau local et le stockage des données sur le territoire national — deux conditions que Telegram n’a pas signalé avoir l’intention d’accepter, selon les statistiques officielles de modération de la messagerie.
L’instruction française reste ouverte. Les magistrats continuent d’examiner si Telegram a franchi la ligne entre hébergeur neutre et plateforme complice, sans qu’aucune date d’audience n’ait été fixée à ce stade.

