L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé, vendredi 24 avril 2026 à Bruxelles, qu’il quitterait la France dans les prochains mois. La déclaration intervient moins de six mois après que la diplomatie occidentale a obtenu sa libération des prisons algériennes, et alors qu’il est aujourd’hui exclusivement de nationalité française.
«La France, c’est fini pour moi. Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays. Puis, je me tire», a déclaré l’écrivain dans un entretien accordé à TF1, la veille de son intronisation à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, ce samedi 25 avril. La formule tranche avec la situation concrète de l’homme : sans passeport algérien depuis sa déchéance de nationalité prononcée par Alger début 2026, Boualem Sansal n’existe juridiquement que par la France.
Une libération obtenue au prix d’un effort diplomatique inédit
Arrêté à l’aéroport d’Alger le 16 novembre 2024 et condamné à cinq ans de prison ferme pour «atteinte à l’unité nationale», Sansal a passé près d’un an en détention. Sa libération, le 12 novembre 2025, est intervenue à la suite d’une demande formelle du président allemand Frank-Walter Steinmeier auprès du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Les autorités françaises avaient multiplié les démarches sans succès direct. L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, avait lui-même reconnu publiquement que «le contexte politique français a pesé sur la situation» de l’écrivain, laissant entendre que Paris avait payé un prix diplomatique pour son compatriote.
Transféré en Allemagne puis accueilli en France, Sansal y est pris en charge médicalement pour plusieurs pathologies lourdes, dont un cancer de la prostate. C’est depuis ce dispositif de soins français qu’il prononce son départ.
Une intronisation belge sur fond de ruptures parisiennes
La déclaration coïncide avec une séquence de ruptures françaises. Sansal a quitté son éditeur historique Gallimard — avec lequel il s’est brouillé durant sa détention, estimant ne pas avoir été défendu comme il le souhaitait — pour rejoindre Grasset, maison contrôlée par le groupe Hachette du milliardaire Vincent Bolloré. Son arrivée a coïncidé avec le départ du PDG Olivier Nora, déclenchant une fronde inédite dans l’édition française. Sansal rejette toute instrumentalisation et affirme n’avoir jamais rencontré Bolloré.
À Bruxelles, il occupe désormais le fauteuil 37 de l’Académie royale, celui de Georges Duby et Mircea Eliade, en succédant au Français Michel del Castillo, décédé en décembre 2024. Une académicienne, Danielle Bajomée, a annoncé son absence à la cérémonie «par cohérence idéologique».
Son prochain livre, La Légende, dans lequel il revient sur son emprisonnement, paraît chez Grasset le 2 juin 2026.



