Face à l’ampleur des défis climatiques et à un déficit structurel de financement, l’Afrique cherche à structurer des mécanismes de finance durable adaptés à ses réalités économiques. Dans ce contexte, certains acteurs financiers plaident pour une approche pragmatique, fondée sur la mobilisation des capitaux et la viabilité économique des projets.
Le changement climatique constitue désormais un facteur de vulnérabilité économique majeur pour les pays africains. D’ici 2030, près de 118 millions de personnes parmi les plus pauvres pourraient être exposées à des phénomènes extrêmes, notamment les sécheresses et les inondations. À cette pression humaine s’ajoute un coût économique estimé entre 2 et 5 % du PIB chaque année pour de nombreux pays du continent.
Ainsi, la question du financement dépasse le seul cadre environnemental. En Afrique subsaharienne, les besoins pour atteindre les Objectifs de Développement Durable sont estimés à 1 600 milliards de dollars d’ici 2030, soit environ 7 % du PIB africain. Ce déficit structurel révèle une difficulté persistante à mobiliser des ressources à grande échelle, dans un contexte de raréfaction progressive de l’aide publique au développement.
Un besoin de financement encore largement sous-exploité
Aussi, les marchés financiers apparaissent-ils comme une alternative stratégique. Ils permettent de mettre en relation des agents en besoin de financement — États et entreprises — avec des acteurs disposant de ressources à investir, notamment l’épargne locale et les investisseurs institutionnels.
Pourtant, ces marchés restent encore peu profonds. En Afrique de l’Ouest, la base d’investisseurs demeure limitée et l’épargne locale reste en grande partie sous-utilisée. Comme le souligne Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF, le marché financier constitue une alternative à l’aide publique au développement.
Ce constat met en évidence une contradiction centrale : les besoins de financement sont massifs, mais les ressources disponibles — notamment domestiques — ne sont pas pleinement mobilisées.
Structurer une finance durable adaptée aux réalités africaines
Face à cette situation, la finance durable s’impose comme un levier de transformation. Encore faut-il qu’elle s’inscrive dans des cadres opérationnels crédibles. La mise en place d’une taxonomie de finance durable à l’échelle du continent, initiée par la Banque africaine de développement en 2025, vise à orienter les capitaux vers des investissements à impact environnemental et social.
La question de la lisibilité apparaît ici déterminante. Les investisseurs, souvent confrontés à une perception du risque élevée, ont besoin de référentiels clairs pour orienter leurs décisions. La structuration de ces cadres contribue ainsi à réduire l’incertitude et à faciliter la mobilisation de capitaux privés.
Toutefois, cette dynamique ne peut reposer uniquement sur des normes. Elle suppose également, soutient Constantin Dabiré, d’inscrire la finance durable “dans une logique opérationnelle, adaptée aux réalités économiques locales”, et en phase avec les contraintes des marchés régionaux, notamment en UEMOA.
Mobiliser les capitaux et élargir la base des investisseurs
Dans cette perspective, le rôle des intermédiaires financiers apparaît déterminant. Des sociétés d’intermédiation comme la SA2IF interviennent dans l’orientation des capitaux vers des projets d’investissement, en lien avec les besoins des entreprises et des États.
Cette évolution traduit un changement de logique : il ne s’agit plus uniquement de lever des fonds, mais de structurer des flux d’investissement capables de financer des projets à la fois rentables et durables. Si la création de produits financiers dédiés, à l’image des obligations vertes, est nécessaire pour matérialiser cet élan, l’élargissement de la base des investisseurs demeure le préalable pour soutenir une telle ambition.
En effet, la mobilisation de l’épargne locale constitue un enjeu central. Les particuliers, tout comme les entreprises, disposent de ressources encore peu intégrées aux circuits d’investissement. En parallèle, l’attraction de capitaux internationaux reste un levier important pour accompagner la montée en puissance du financement du développement.
Comme l’explique Constantin Dabiré, l’objectif est également d’ouvrir ces marchés à des partenaires extérieurs, afin de connecter les économies africaines aux flux financiers internationaux.
Entre urgence climatique et construction d’un modèle économique viable
Le développement de la finance durable en Afrique repose sur un équilibre délicat. D’un côté, l’urgence climatique impose d’accélérer les investissements dans des projets à impact. De l’autre, la soutenabilité de ces investissements dépend de leur rentabilité et de leur capacité à attirer durablement les capitaux.
Dans cette optique, la structuration des marchés financiers apparaît comme une condition essentielle. Elle permet de canaliser l’épargne, de sécuriser les investissements et de renforcer la confiance des acteurs économiques.
À plus long terme, cette dynamique participe d’un enjeu plus large : la construction d’une souveraineté financière. En mobilisant davantage de ressources internes et en renforçant ses capacités d’investissement, le continent peut progressivement réduire sa dépendance aux financements extérieurs.


