L’économiste en chef pour l’Afrique de Citi Bank, David Cowan, a identifié le Sénégal parmi les pays africains les plus exposés au risque de défaut souverain lors d’une conférence de presse tenue à Nairobi le 16 avril 2025. Le pays traverserait une situation financière suffisamment fragile pour ne pas exclure un défaut de paiement en 2027. Le Sénégal a certes évité le pire à court terme, mais reste dans une position précaire, directement liée à une crise de la dette dissimulée révélée fin 2024. L’économiste de Citi Bank a précisé que le pays aurait « survécu de justesse cette année », sans pour autant être tiré d’affaire.
Une dette héritée d’une gestion opaque
La fragilité sénégalaise trouve une part de son origine dans les irrégularités budgétaires documentées par la Cour des comptes du Sénégal. Dans un rapport publié début 2024, la juridiction financière avait relevé que le déficit public réel pour les années 2019 à 2023 avait été systématiquement sous-estimé dans les documents officiels transmis aux partenaires internationaux, dont le FMI. Ce réajustement des données a conduit à une révision à la hausse du niveau d’endettement effectif du pays.
Le Fonds monétaire international a abaissé sa prévision de croissance du PIB réel sénégalais à 2,2 % pour 2026, contre 3,0 % anticipés en octobre 2025. Face à cette révision, le ministre de l’Économie et des Finances, Abdourahmane Sarr, a mis en avant la trajectoire de « consolidation budgétaire » engagée par le gouvernement, évoquant des résultats positifs au premier trimestre 2026 et la solidité des fondamentaux macroéconomiques du Sénégal au sein de l’UEMOA.
Le Mozambique et le Malawi également menacés de défaut dès 2025
David Cowan a placé deux autres pays africains dans la même zone de risque. Le Mozambique et le Malawi pourraient faire défaut dès cette année, sous l’effet d’un affaiblissement prononcé de leurs monnaies respectives, susceptible de rendre insoutenable le service de leurs dettes libellées en devises fortes. Ces défauts resteraient toutefois de portée limitée : le Malawi ne détient aucune obligation internationale, sa dette étant principalement due à la Banque mondiale et à des créanciers multilatéraux et bilatéraux, tandis que le Mozambique n’a qu’une seule obligation en devises fortes en circulation. Le continent africain a déjà enregistré quatre défauts souverains depuis 2020 — Ghana, Zambie, Éthiopie et Tchad — tous restructurés dans le cadre du mécanisme commun du G20.



