Sonko ignore Diomaye et parle à l'histoire : le texte qui annonce 2029

Ce dimanche 31 mai 2026, quelques jours après son élection à la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal avec 132 voix sur 133, Ousmane Sonko a publié sur X un long texte signé de sa main, intitulé « Du mouvement à l’organisation : le défi du premier congrès du PASTEF Les Patriotes ». Le document est consacré au congrès du PASTEF fixé au 6 juin 2026. Le nom de Bassirou Diomaye Faye n’y apparaît pas une seule fois. Celui de la crise politique de la semaine non plus.

Un texte de fondateur, pas de combattant

Le choix de Sonko est celui du surplomb. Alors que le Sénégal sort d’une semaine de rupture institutionnelle — limogeage, démissions en cascade, saisine du Conseil constitutionnel, boycott de l’opposition — le nouveau président de l’Assemblée nationale publie un texte qui remonte à 2014, à la fondation du PASTEF, à ses origines idéologiques.

Il y rappelle que le parti est né d’un constat : l’indépendance politique du Sénégal est formelle, mais la souveraineté réelle reste inachevée. « À quoi sert l’indépendance politique si un peuple ne maîtrise pas pleinement son destin ? » C’est cette interrogation, écrit-il, qui a donné naissance au Manifeste des Patriotes. La souveraineté y est définie non comme un slogan, mais comme « une méthode de gouvernement » couvrant les ressources naturelles, les choix budgétaires, la politique agricole, le système éducatif et la place du Sénégal dans le monde.

Sonko ne parle pas en Premier ministre limogé. Il parle en fondateur de parti — celui qui fixe la doctrine, pas celui qui répond aux attaques.

La séquence 2021-2024 relue comme une épopée

Le texte retrace la trajectoire du PASTEF depuis l’élection de Sonko à l’Assemblée nationale en 2017, son livre Solutions pour un Sénégal nouveau publié en 2018, la présidentielle de 2019 — présentée comme la révélation d’« une nouvelle génération citoyenne » — jusqu’aux mobilisations populaires de 2021 à 2024.

Cette période, marquée par ses arrestations, la dissolution du parti et la répression, est relue comme un accélérateur de prise de conscience nationale. « Les arrestations, la dissolution du parti, la répression et les restrictions des libertés publiques n’ont pas interrompu cette dynamique. Elles ont, au contraire, contribué à élargir la prise de conscience nationale. » La victoire de 2024 est présentée non comme une alternance ordinaire, mais comme « l’aboutissement démocratique d’un long processus de maturation politique et populaire ».

Nulle mention du gouvernement qu’il a conduit pendant deux ans. Nulle mention du bilan. Sonko efface l’épisode de la Primature pour ne retenir que l’arc long de la transformation.

Le Congrès du 6 juin comme ligne de démarcation

La question centrale posée dans le texte est explicite : « Que faisons-nous après la victoire ? » Sonko y répond en fixant une exigence au Congrès du 6 juin : transformer le PASTEF d’un mouvement de rupture victorieux en parti pleinement organisé, doté d’une doctrine, d’une structure et d’une stratégie de long terme.

Il cite nommément les textes qui devront être adoptés : un document d’orientation stratégique, une charte idéologique, des thèses sur le parti, une résolution générale et des résolutions spéciales. L’objectif déclaré est de « clarifier le rapport entre le parti et l’État » — formulation dont la portée politique, dans le contexte de la rupture avec Diomaye Faye, n’échappe à personne.

Sonko a par ailleurs fustigé, dans son discours inaugural au perchoir le 26 mai, ce qu’il appelle l’« hyper-présidentialisme » du régime actuel, dénonçant le fait que le PASTEF ait été écarté des consultations lors de la nomination du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Le texte publié ce dimanche prolonge cette ligne : un parti organisé ne peut pas être ignoré par l’exécutif qu’il a porté au pouvoir.

2029 en filigrane de chaque paragraphe

Sonko a officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle de 2029 dès décembre 2025. Le texte du 31 mai ne la mentionne pas explicitement — mais chaque ligne y prépare le terrain. La vision d’un « Sénégal souverain, productif, juste, démocratique, enraciné dans son peuple et ouvert sur l’Afrique et le monde » est celle d’un programme présidentiel, pas d’un bilan gouvernemental.

La dernière phrase du texte est celle d’un candidat qui parle à sa génération : « Notre responsabilité est désormais de démontrer qu’il est possible, en Afrique, de conduire une révolution démocratique, populaire et souveraine dans le respect des institutions, des libertés et de la volonté du peuple. Tel est le sens de notre engagement. Telle est la tâche de notre génération. »

Diomaye Faye doit nommer un gouvernement dans les prochaines semaines. Sonko, lui, est déjà en campagne.

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