Des vidéos et photographies du corps sans vie de Diego Maradona ont été présentées jeudi 23 avril à l’audience du tribunal de San Isidro, en Argentine. Sept professionnels de santé sont rejugés pour négligences potentiellement fatales dans la prise en charge de la légende du football argentin, décédée le 25 novembre 2020.
L’urgentiste Juan Carlos Pinto a décrit à la barre un état physique alarmant : visage et membres gonflés, abdomen distendu par une ascite associée à l’obésité. Une vidéo de dix-sept minutes, réalisée par la police scientifique, a montré Maradona sur son lit de mort, en short de football et tee-shirt noir, le ventre difforme. Gianinna, l’une de ses filles, présente à l’audience, a gardé le visage enfoui dans ses mains pendant toute la diffusion.
Une chambre sans équipement médical
Le commissaire Lucas Farias, entendu comme témoin, a précisé que la pièce où Maradona a été retrouvé mort ne comportait aucun matériel de soins : ni oxygène, ni défibrillateur, ni moniteur cardiaque. Le Dr Pinto a confirmé qu’il s’agissait d’une chambre ordinaire, sans aucun élément caractéristique d’une hospitalisation à domicile. C’est précisément ce point que le parquet place au centre de l’accusation : le procureur Patricio Ferrari soutient que l’équipe médicale a soumis Maradona à une convalescence « cruelle et dépourvue de tout« , en ignorant délibérément plusieurs signaux d’alerte.
Un deuxième procès après l’annulation du premier pour conflit d’intérêts
Les sept prévenus — le neurochirurgien Leopoldo Luque, la psychiatre Agustina Cosachov, le psychologue Carlos Diaz et plusieurs infirmiers — comparaissent pour « homicide avec dol éventuel », une qualification qui implique des négligences commises en connaissance du risque mortel encouru, passible de huit à vingt-cinq ans de prison.
Ce deuxième procès a été rendu nécessaire par l’annulation du premier en mai 2025 : l’une des trois juges, Julieta Makintach, avait collaboré en secret à la production d’une minisérie documentaire sur l’affaire, avec elle-même comme protagoniste. Elle a été destituée, et un nouveau collège de juges a été constitué.
Une icône mondiale du football emportée à 60 ans
À sa mort, Maradona était considéré par une large partie du monde du football comme l’un des deux meilleurs joueurs de l’histoire, aux côtés du Brésilien Pelé. Vainqueur de la Coupe du monde 1986 avec l’Argentine, il avait notamment marqué les deux buts les plus célèbres de l’histoire du tournoi lors du quart de finale contre l’Angleterre — la « Main de Dieu » et le « But du siècle ». Il avait 60 ans au moment de son décès, après une carrière qui l’avait mené de Naples à Buenos Aires en passant par Barcelone.
La famille de Maradona, par la voix de Gianinna, a dénoncé devant le tribunal une « manipulation totale » exercée par l’équipe médicale sur ses proches dans les dernières semaines de la vie du joueur. Les accusés maintiennent pour leur part la thèse d’une mort naturelle liée à de multiples pathologies cardiaques préexistantes. Le procès, organisé à raison de deux audiences par semaine, devrait se poursuivre jusqu’en juillet 2026.
