Au-delà des promesses électorales et des joutes verbales, la campagne pour la présidentielle d’avril 2026 restera gravée dans les mémoires comme un immense festival itinérant. Des savanes du Nord aux lagunes du Sud, les candidats n’ont pas seulement apporté des projets de société. Ils ont offert du rêve, de la musique et une célébration vibrante de l’identité béninoise.
Si vous cherchiez le calme ces deux dernières semaines, il ne fallait pas approcher les stades ou les places publiques. Chaque meeting des deux duos en lice, Wadagni-Talata et Hounkpè-Hounwanou, s’est transformé en un véritable concert à ciel ouvert. Dès les premières heures de la matinée, avant même l’arrivée des cortèges officiels, les podiums géants vibraient déjà. Les stars de la musique urbaine et traditionnelle set succèdent pour chauffer à blanc une foule souvent venue autant pour le spectacle que pour le discours. À Cotonou, les rythmes urbains ont fait vibrer la jeunesse, tandis qu’à l’intérieur du pays, les vedettes locales du Zinli et autres ont rappelé que la politique au Bénin est indissociable de la fibre culturelle.
L’un des faits les plus marquants de cette campagne 2026 a été la place prépondérante accordée aux divinités et aux gardiens de la tradition. Dans certaines régions du pays, l’arrivée des candidats a souvent été précédée par la sortie majestueuse des Zangbéto, les gardiens de nuit. Leurs tours de magie et leurs danses rotatives ont apporté une dimension mystique aux rassemblements, captivant les électeurs sous le regard bienveillant des dignitaires du culte Vodun.
Dans d’autres localités, ce sont les Egungun (revenants) qui ont volé la vedette. Parés de leurs tissus multicolores et de leurs parures de perles, ils ont escorté les candidats, symbolisant le lien indéfectible entre le pouvoir temporel et les ancêtres. Pour les populations, voir un candidat entouré de ces masques n’est pas qu’un folklore ; c’est un signe de respect pour les racines et une quête de légitimité profonde.
Pourquoi un tel déferlement artistique ? Pour les états-majors politiques, le constat est simple : la musique et la culture sont les meilleurs vecteurs de mobilisation. Un peuple qui danse est un peuple qui écoute. Le spectacle sert de catalyseur. Il brise la glace, apaise les tensions et transforme le meeting — souvent perçu comme une épreuve de patience sous le soleil — en un moment de communion joyeuse.
Ce vendredi, les podiums sont démontés et les instruments rangés. Mais le souvenir des chants et des danses résonne encore. Si la culture a servi de parure à cette campagne, elle a aussi rappelé que le Bénin est une nation unie par ses arts. Désormais, le rideau tombe sur la scène éphémère de la campagne. Les artistes ont fini leur prestation, les masques ont regagné leurs couvents. Le dimanche 12 avril, le spectacle sera dans l’isoloir. Il revient maintenant aux électeurs de décider si, après avoir dansé, ils sont prêts à transformer ces moments de liesse en un choix politique décisif pour l’avenir du pays.



