Sahel sans le Mali : derrière les accords entre l'Algérie et le Tchad, la réponse au Maroc

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a signé 34 accords bilatéraux avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger les 22 et 23 avril 2026, au terme d’une visite d’État marquée par l’annonce d’un partenariat énergétique majeur entre Sonatrach et N’Djaména. Cette séquence diplomatique prolonge une offensive engagée depuis le début de l’année par Alger auprès du Niger, du Burkina Faso et désormais du Tchad — quatre pays sahéliens avec lesquels l’Algérie multiplie les accords, pendant que ses relations avec le Mali restent gelées.

La chronologie est précise. Le 31 mars 2025, l’armée algérienne abat un drone malien de type Akıncı à proximité de Tin Zaouatine, ville frontalière du sud algérien. Bamako qualifie l’acte d’«agression», rappelle ses ambassadeurs, ferme son espace aérien. Le Niger et le Burkina Faso, alliés du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), emboîtent le pas. En septembre 2025, le gouvernement malien dépose une requête contre l’Algérie devant la Cour internationale de Justice. La fracture est consommée.

Niamey et Ouagadougou rouvrent la porte

Dès le début 2026, Alger engage une reconquête différenciée. Le 12 février, l’ambassadeur du Niger reprend ses fonctions à Alger. Trois jours plus tard, le général Abdourahamane Tiani effectue à Alger sa première visite officielle hors de l’espace sahélien depuis son accession au pouvoir, signant avec Tebboune un mémorandum sur les hydrocarbures et la relance du projet de gazoduc transsaharien. Le 24 mars, Sonatrach annonce le lancement de forages au champ de Kafra, en territoire nigérien.

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Le Burkina Faso suit une trajectoire parallèle. Le 13 février 2026, une délégation algérienne conduite par le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, signe à Ouagadougou des accords dans les secteurs minier, énergétique et pétrolier. L’Algérie annonce un programme de 50 milliards de francs CFA pour moderniser les infrastructures minières burkinabè et fait don d’une centrale électrique de 40 mégawatts au Niger, pays qui dépend à plus de 70 % des importations d’électricité nigériane, selon l’Institut d’Études de Sécurité (ISS).

Le Mali reste en retrait. Bamako dément tout retour imminent de son ambassadeur à Alger et maintient ses accusations d’ingérence algérienne dans le nord du pays. Un diplomate malien a déclaré à l’AFP que « le Niger est libre d’entretenir des relations avec qui il veut, à condition que cela ne nuise pas aux intérêts de la confédération ».

Le Maroc, accélérateur de la recomposition

La dynamique algérienne ne se lit pas hors du face-à-face avec Rabat. Le 10 avril 2026, Bamako annonce le retrait de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), mettant fin à une position maintenue depuis 1984, et apporte son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. La déclaration est faite conjointement par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et son homologue marocain Nasser Bourita, en visite à Bamako. Le Maroc annonce dans la foulée une augmentation des bourses pour les étudiants maliens et la suppression des restrictions de voyage pour les ressortissants maliens.

Ce virage prolonge une offensive marocaine construite depuis novembre 2023, lorsque le roi Mohammed VI lance l’Initiative Atlantique : offrir aux États sahéliens enclavés un accès à l’océan via les infrastructures du Sahara occidental, territoire sur lequel Alger soutient le Front Polisario. En avril 2025, les chefs de la diplomatie du Mali, du Niger et du Burkina Faso se rendent à Rabat et réaffirment devant Mohammed VI leur engagement à « accélérer » la mise en œuvre de cette initiative. En 2026, le Maroc organise le premier Sommet Afrique-Atlantique, destiné à fédérer les 29 pays africains riverains ou proches de l’Atlantique, Sahel enclavé inclus.

Face à cette avancée, Alger propose lors des travaux de la commission mixte algéro-tchadienne de positionner le port de Jijel comme débouché commercial alternatif pour les pays du Sahel et du Sahara — réponse directe au port de Dakhla. Selon l’analyste Michaël Ayari de l’International Crisis Group, l’Algérie cherche ainsi à « faire un petit pied de nez au Maroc », dans un contexte de concurrence croissante entre les deux pays pour l’influence en Afrique subsaharienne.

Le Mali demeure le nœud non résolu de cette recomposition. Alger partage plus de 2 000 kilomètres de frontières communes avec Bamako, une réalité géographique qu’aucun réalignement diplomatique ne peut effacer. La prochaine étape attendue reste la tenue d’une session de médiation sous l’égide de l’Union africaine, dont la faisabilité dépendra en partie de la capacité du Niger et du Burkina Faso à convaincre Bamako d’accepter un cadre collectif de désescalade.

1 réflexion au sujet de “Sahel sans le Mali : derrière les accords entre l'Algérie et le Tchad, la réponse au Maroc”

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