« Sénégal Solidaire » : quand Ousmane Sonko mettait en garde contre le mélange entre pouvoir et famille

Les deux épouses du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye — Marie Khone Faye et Absa Faye — ont lancé ce mercredi 8 avril 2026 à Dakar la fondation nationale « Sénégal Solidaire », dont la première activité officielle était la pose de la première pierre d’un centre de dépistage des cancers. Le lancement de cette structure, présentée comme un engagement humanitaire des premières dames, a immédiatement ravivé un débat sur les frontières entre l’exercice du pouvoir et le rôle des familles de dirigeants.

Une fondation qui divise dès son lancement

La députée Maïmouna Bousso a pris position publiquement, affirmant ne pas s’opposer à l’engagement des épouses du président, mais rejetant la création de « fondations parallèles, échappant au contrôle public, où pourraient transiter des fonds intraçables ». Elle a appelé à ce que tout engagement des premières dames reste « dans un cadre républicain clair, transparent et responsable, aux côtés des institutions existantes », notamment le ministère de la Famille.

Une ancienne vidéo d’Ousmane Sonko, largement repartagée par des internautes sénégalais ces dernières heures, a resurgi sur les réseaux sociaux. Dans cet extrait filmé devant des députés, le Premier ministre déclarait : « Aucun d’entre nous ici n’a été élu pour sa femme, son époux, encore moins pour son fils. Nous devons nous méfier de l’affairisme du pouvoir. Nous devons être des modèles dans notre travail et dans la gestion des deniers publics. » La résurgence de ces propos passés est lue par nombre d’internautes comme un positionnement implicite de Sonko contre la fondation des premières dames.

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Un exécutif fracturé en toile de fond

La création de « Sénégal Solidaire » survient au moment où la cohabitation entre Diomaye Faye et son Premier ministre atteint un niveau de tension inédit. Depuis novembre 2025, les divergences entre les deux hommes se sont accumulées publiquement. Le point de rupture initial : l’éviction d’Aïssatou Mbodj, coordinatrice de la coalition proche de Sonko, remplacée par l’ancienne Première ministre Aminata Touré, figure perçue dans les rangs du Pastef comme une adversaire. Sonko avait alors boycotté plusieurs Conseils des ministres.

En mars 2026, le chef du gouvernement avait franchi un cap supplémentaire en conditionnant le maintien du Pastef au gouvernement à un alignement du président sur la vision du parti, évoquant publiquement une possible « cohabitation douce ». Le lancement par Diomaye Faye de sa propre coalition, « Diomaye Président », lors d’une assemblée générale tenue le 7 mars 2026 à Dakar, a accentué la fracture. Selon Africa Intelligence, l’entourage présidentiel étudierait sérieusement le scénario d’un limogeage du Premier ministre, plusieurs profils de remplaçants étant déjà à l’étude. Un tel scénario demeurerait toutefois risqué : le Pastef contrôle largement l’Assemblée nationale et pourrait censurer à tout moment un nouveau chef de gouvernement, plongeant le Sénégal dans une crise institutionnelle majeure.

La fondation « Sénégal Solidaire » n’a pas encore publié de statuts ni précisé ses modalités de financement. La question de son éventuel rattachement aux structures publiques existantes demeure sans réponse officielle de la présidence.

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