Survie de couple au Bénin : L’infidélité masculine, ce séisme qui ébranle le foyer

De Cotonou à Parakou, le silence des chambres à coucher cache souvent des tragédies intimes. Si la culture béninoise, marquée par un patriarcat séculaire, semble parfois absoudre l’homme «du dehors », les cicatrices laissées par la trahison au sein du foyer sont, elles, indélébiles. Entre tradition, religion et psychologie, explorons ensemble un sujet qui menace l’équilibre de la société.

Dans les concessions béninoises, une expression revient souvent comme un refrain pour justifier les escapades nocturnes : « Sounnou glégbénou » (l’homme appartient au dehors). Face à lui, la « Yonnou houessi » (la femme de la maison) est censée incarner la résilience et le silence. Mais derrière cette façade culturelle, la douleur est réelle.

Ablavi (nom d’emprunt), 38 ans, résidant à Fidjrossè, ne décolère pas. Après douze ans de mariage, elle a découvert que son époux entretenait une relation parallèle depuis trois ans. « Ce n’est pas seulement l’acte sexuel qui tue, c’est le mensonge. On se sent idiote, dévalorisée. J’ai l’impression d’avoir dormi à côté d’un étranger », confie-t-elle, les yeux embués. Pour elle, l’estime de soi s’est effondrée, laissant place à une vigilance maladive qui empoisonne son quotidien.

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Même écho chez Falonne, commerçante à Missèbo. « On nous dit de supporter pour les enfants, ou parce que tous les hommes sont les mêmes. Mais quel exemple donnons-nous ? L’ambiance à la maison est devenue électrique. Les enfants sentent que leur père n’est plus vraiment là, qu’il fuit nos regards ».

Entre nature, culture et psychisme

Pour comprendre ce phénomène, il faut interroger les fondements de notre société. Dr. Martial K., socio-anthropologue, souligne une confusion dangereuse : « Au Bénin, on confond souvent infidélité et polygamie. La polygamie est un régime matrimonial structuré, accepté et déclaré. L’infidélité, elle, est une rupture de contrat, une trahison cachée. Notre culture patriarcale a construit le mythe de l’homme  » chasseur » par essence, ce qui déresponsabilise les conjoints et fragilise la cellule familiale. »

Sur le plan clinique, M. Tossou, sexologue, pointe du doigt les failles de communication. « L’insatisfaction sexuelle est souvent citée, mais elle n’est que la partie émergée de l’iceberg. L’homme trompe parfois par besoin de validation ou pour fuir une routine qu’il n’arrive pas à exprimer. Mais il arrive aussi à l’homme de tromper par absence de la paix interne au foyer ou pour cause de changement de comportement ou de certaines habitudes de la femme. On peut citer la propreté, le respect, la courtoisie… L’impact sur la conjointe est dévastateur : c’est un véritable syndrome de stress post-traumatique ».

Dans un pays où la foi guide les pas, les religieux et traditionnalistes ont un rôle de médiateurs. Pasteur Samuel, officiant dans une église évangélique, est catégorique : « Le mariage est une alliance sacrée. L’infidélité est un péché qui ouvre la porte au malheur dans la maison. » Cependant, il reconnaît que l’église pousse souvent les femmes au pardon sans exiger une réelle repentance de l’homme.

De son côté, Dah Nougbodé, dignitaire traditionnel, apporte une nuance : « Nos ancêtres n’interdisaient pas à l’homme d’avoir plusieurs femmes, mais ils exigeaient qu’il soit responsable. L’infidélité moderne, faite de cachettes et de gaspillage d’argent avec des « maîtresses » au détriment des enfants, est une insulte à nos valeurs. »

Responsable mais pas coupable ?

Les hommes ont conscience des coups que leur infidélité peut donner au foyer. Mais ils ne réussissent à se retenir que difficilement. Selon une étude menée par un caoch sexuel dans quatre pays africains, environ 23 % des hommes reconnaissent avoir été infidèles au moins une fois. Patrice, cadre dans une entreprise privée au Bénin, admet avoir été infidèle : « C’était une pulsion, un besoin de prouver que je pouvais encore séduire. On ne pense pas aux conséquences sur le coup, mais quand le secret éclate, on réalise qu’on a tout gâché pour quelques minutes de plaisir ».

À l’opposé, Brice, marié depuis vingt ans, défend une autre vision : « Être fidèle n’est pas une absence de désir pour les autres, c’est un choix de vie. Je me respecte, je respecte trop ma femme et l’harmonie de mon foyer pour introduire un tel poison. La fidélité, c’est la force du caractère, pas une faiblesse ».

La reconstruction d’un couple après l’infidélité est un chemin de croix. Elle exige l’arrêt total de la relation extraconjugale et une transparence absolue. Au Bénin, le poids social pèse lourd : si certaines choisissent le divorce, beaucoup restent par pression familiale ou dépendance économique. Mais dans la majorité des cas, l’infidélité de l’homme est consommée de manière insolente. On se soucie très peu de l’état d’âme de la femme alors que l’infidélité de la femme est considérée comme impardonnable. Les conséquences majeuressont la perte d’estime de soi, les risques sanitaires (Ist/Vih), l’instabilité financière du foyer et les impacts psychologiques sur les enfants.

Si la société béninoise semble parfois tolérante envers l’infidélité masculine sous le couvert de l’atavisme, les dégâts psychologiques et sociaux sont immenses. Le foyer, autrefois sanctuaire, devient un champ de bataille où la confiance est la première victime. Pour que le couple survive, il faut sans doute réinventer le dialogue et sortir des clichés du « Sounnou glégbénou » pour revenir à une responsabilité partagée. Rien ne devrait justifier l’infidélité, qu’elle soit de l’homme ou de la femme, dans un foyer.

1 réflexion au sujet de “Survie de couple au Bénin : L’infidélité masculine, ce séisme qui ébranle le foyer”

  1. Si tu crois que ta compagne ne s’envoie en l’air qu’avec toi, c’est que tu es bien naïf… Plus salope qu’une bonne femme tu n’existes pas.

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