Afrique : la France réoriente sa stratégie vers l'Est après les tensions au Sahel

Le président français Emmanuel Macron et son homologue kényan William Ruto ont signé dimanche 10 mai 2026, à Nairobi, onze instruments de coopération couvrant les transports, les infrastructures, les affaires maritimes et le développement économique, pour un montant total dépassant un milliard de dollars. Ces accords ont été conclus à la veille du sommet « Africa Forward : des partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance« , coorganisé par les deux pays les 11 et 12 mai dans la capitale kényane.

Onze accords et un milliard de dollars d’engagements

Selon Musalia Mudavadi, secrétaire du Cabinet et ministre des Affaires étrangères du Kenya, les accords signés concernent principalement la modernisation du réseau ferroviaire de banlieue de Nairobi. Le projet prévoit notamment l’extension des lignes vers Embakasi et Ruiru, avec une capacité estimée à 30 000 passagers transportés par heure une fois les travaux finalisés. Par ailleurs, un volet maritime a été intégré à cette coopération. Il porte sur la pêche, l’aquaculture, la gestion des ressources marines ainsi que le développement des zones côtières, dans le cadre de la stratégie kényane de développement de l’économie bleue sur sa façade océanique. Ces accords prolongent un pacte de défense paraphé entre les deux pays en octobre 2025, axé sur le partage de renseignements et la sécurité maritime.

Un pivot stratégique après le Sahel

Ce rapprochement avec Nairobi intervient après que la France a perdu, entre 2022 et 2025, l’ensemble de ses leviers militaires, économiques et diplomatiques dans la bande sahélo-saharienne. Expulsée successivement du Mali, du Burkina Faso, du Niger, Paris a vu ses bases fermées et ses accords de défense résiliés par les autorités qui ont choisi de se tourner vers la Russie. L’uranium nigérien, qui alimentait jusqu’à 20 % des centrales nucléaires françaises, est devenu inaccessible. Face à ce recul structurel en Afrique francophone, la France cherche à reconstruire une présence sur le continent en s’appuyant sur des pays anglophones et des partenariats économiques recentrés sur l’investissement privé. Le sommet de Nairobi est d’ailleurs le premier événement de ce format à être accueilli et coprésidé avec un pays anglophone, selon l’Élysée.

La deuxième journée du sommet, prévue le 12 mai, réunira plusieurs chefs d’État africains — dont le Nigérian Bola Tinubu et l’Éthiopien Abiy Ahmed — ainsi que des dirigeants d’entreprises et des directeurs de banques de développement, autour des thématiques de santé, de souveraineté alimentaire, de numérique et d’accès à l’énergie. La réorientation vers l’Est africain constitue, pour Paris, un test concret d’une stratégie continentale reconstruite hors de son ancien pré carré.

1 réflexion au sujet de “Afrique : la France réoriente sa stratégie vers l'Est après les tensions au Sahel”

Laisser un commentaire