Drones : la France se tourne vers le turc Baykar pour son expertise

Safran Electronics & Defense et le constructeur turc de drones Baykar ont signé un accord de partenariat stratégique le 12 mai 2026, en marge du salon de défense SAHA à Istanbul. L’équipementier français fournira ses systèmes optroniques et de navigation pour équiper les drones TB2 de Baykar, dans une coopération qui inclut également une dimension commerciale commune à l’export.

L’accord, tel que l’ont détaillé les deux industriels, porte sur le codéveloppement de solutions combinant capteurs optroniques, centrales de navigation et capacités d’armement guidé. Concrètement, Safran intégrera son système électro-optique Euroflir aux drones TB2 de Baykar, déjà déployés dans une trentaine de pays. Les deux groupes s’engagent à promouvoir conjointement ces solutions auprès de leurs clients internationaux.

Un partenaire turc devenu leader mondial

Baykar s’est imposé comme le premier exportateur mondial de drones militaires. La société, entièrement autofinancée sans subvention publique, a enregistré 2,2 milliards de dollars d’exportations en 2025, soit 88 % de son chiffre d’affaires total. Sa gamme comprend le TB2 tactique, le lourd Akıncı, le TB3 embarquable sur porte-avions et le Kızılelma, un drone de combat à réaction dont les premières livraisons aux forces armées turques ont débuté en 2026. En janvier de la même année, lors de l’exercice OTAN Steadfast Dart en mer Baltique, le TB3 avait démontré sa capacité à décoller, frapper des cibles de surface et apponter depuis le navire TCG Anadolu.

Un vide capacitaire français qui dure

Le 8 avril 2026, le gouvernement français a officiellement annulé deux programmes majeurs lors d’un Conseil des ministres : le Patroller de Safran, drone tactique à destination de l’armée de Terre, et l’Eurodrone MALE européen, développé par Airbus Defence & Space avec Dassault Aviation et Leonardo. Ce dernier, lancé en 2015 pour une entrée en service initiale prévue en 2020, accusait cinq ans de retard selon le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, qui l’avait publiquement qualifié de « drone d’hier ». Son coût unitaire était estimé à 118 millions d’euros, contre environ 30 millions pour un Reaper américain. Faute de plateforme nationale, la France avait dû acquérir des MQ-9 Reaper auprès de General Atomics dès 2013.

Le gouvernement réoriente désormais ses besoins vers des drones souverains à coûts réduits. Les plateformes d’Aura Aéro, Daher et Turgis & Gaillard sont candidates à un appel d’offres national dont les premières livraisons sont ciblées pour 2030, en complément des neuf Reaper encore en service. Une commande de 40 systèmes de drones tactiques légers est attendue courant 2026.

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