Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général d’armée Saïd Chanegriha, a présidé lundi 4 mai 2026 l’ouverture d’un colloque national au Cercle national de l’armée de Beni Messous, consacré à la démarche algérienne pour la construction de la paix et de la sécurité en Afrique. La rencontre vise à formuler une approche doctrinale structurée face à des crises africaines que le haut responsable militaire juge de plus en plus façonnées par des « agendas extérieurs ».
Le continent africain traverse une période de turbulences sécuritaires. Au Sahel, les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont frappé simultanément plusieurs villes maliennes, révélant la capacité opérationnelle du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et des rebelles du Front de libération de l’Azawad. En RDC, l’est du pays reste un front ouvert, tandis qu’au Soudan, les combats entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) perdurent malgré les tentatives de médiation internationale. Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, les violences liées aux groupes islamistes militants ont causé plus de 22 000 morts sur le continent au cours de l’année écoulée, soit une hausse de 60 % par rapport à la période 2020-2022. C’est dans ce cadre que l’Algérie a choisi de formaliser publiquement sa doctrine sécuritaire continentale.
Des crises africaines instrumentalisées de l’extérieur
Devant les participants au colloque, le général Chanegriha a qualifié les problématiques sécuritaires africaines de phénomènes désormais influencés par « l’imbrication d’agendas extérieurs ayant transformé certaines crises africaines en espaces ouverts de reconfiguration des équilibres de puissance et d’affirmation des influences ». Il a pointé des mécanismes précis : création de structures parallèles, encouragement de tendances séparatistes, exploitation des fragilités institutionnelles — autant de dynamiques opérant, selon lui, en dehors de tout consensus national ou régional.
Cette lecture tranche avec les positionnements de plusieurs puissances présentes militairement sur le continent, notamment la Russie via Africa Corps au Mali et au Burkina Faso, et la France dont la présence sécuritaire au Sahel a été évincée depuis 2022.
Souveraineté et partenariats équilibrés comme socle doctrinal
Le haut responsable a réaffirmé que la stabilité du continent relève en premier lieu de la responsabilité des États africains eux-mêmes, par le renforcement de leurs capacités nationales. La politique étrangère algérienne, telle que définie par le président Tebboune, repose selon lui sur quatre piliers : partenariats équilibrés, action africaine commune, rejet des solutions imposées de l’extérieur, primauté du dialogue et respect de la souveraineté des États.
Les travaux du colloque, dont les conclusions ne sont pas encore rendues publiques, doivent déboucher sur la formalisation d’une vision algérienne structurée de la paix et de la sécurité en Afrique, destinée à orienter l’action diplomatique et militaire d’Alger sur le continent.



