Le C919 contre l'A320 : comment la Chine utilise Airbus comme levier de pression sur l'Europe

Pendant plusieurs mois, l’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC) a suspendu les autorisations administratives permettant aux appareils Airbus d’entrer en service sur le territoire chinois. Ce blocage, révélé par Bloomberg fin mai 2026, aurait visé à contraindre l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) à accélérer la certification du Comac C919, le monocouloir construit par le constructeur public chinois Commercial Aircraft Corporation of China.

Le gel des homologations a directement pesé sur les résultats du groupe européen. Airbus a enregistré ses livraisons commerciales les plus faibles en un premier trimestre depuis 2009, près de vingt appareils destinés à des compagnies chinoises restant bloqués sur le tarmac. Lors de la publication des résultats trimestriels le 28 avril 2026, le PDG Guillaume Faury a reconnu un « sujet administratif » à l’origine du retard, indiquant que les livraisons en souffrance seraient expédiées au cours du deuxième trimestre.

Un levier calibré sur un marché stratégique

La Chine constitue le premier marché national d’Airbus en termes de flotte mondiale. Selon les prévisions du constructeur, le pays devrait réceptionner environ 9 570 appareils sur les vingt prochaines années, pour une valeur de marché estimée à 63,8 milliards de dollars d’ici 2044. Cette dépendance commerciale confère à Pékin un pouvoir de pression structurel sur le groupe de Toulouse.

Le C919, entré en service commercial avec China Eastern Airlines en 2023, vole exclusivement dans l’espace aérien chinois. Pour accéder aux marchés occidentaux, le constructeur doit obtenir la certification de l’EASA — condition exigée par les compagnies aériennes, les loueurs d’appareils et les assureurs internationaux avant tout engagement contractuel. L’agence européenne a confirmé conduire des vols d’essai en coopération avec la CAAC et Comac, sans fixer de calendrier officiel.

Une homologation européenne repoussée à 2028 au plus tôt

En 2025, le directeur exécutif de l’EASA, Florian Guillermet, avait déclaré au magazine L’Usine Nouvelle que la certification du C919 prendrait encore trois à six ans, écartant toute approbation avant 2028 dans le meilleur des cas. Le C919 souffre également de contraintes industrielles : selon Air Data News, Comac n’a livré que six appareils depuis le début de l’année 2026, sa production étant freinée par des pénuries de main-d’œuvre et une dépendance persistante à l’égard de composants d’origine occidentale, notamment les moteurs CFM LEAP fournis par le consortium franco-américain CFM International.

L’EASA n’a pas communiqué sur une éventuelle révision de son calendrier à la suite des pressions chinoises. La prochaine étape observable reste la publication des résultats du deuxième trimestre d’Airbus, attendue fin juillet 2026, qui permettra de vérifier si les livraisons bloquées ont effectivement été honorées.

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