Enjeux et perspectives pour nos sociétés
« Il faut remettre le travail à sa place, qui est la première, si l’on veut que la société tienne debout. » disait le professeur François PERROUX. Cette forte déclaration exprime la nécessité pour l’homme de mettre le travail au centre de la société et ce en tant que pilier de celle-ci. Car, sans le travail, la société peut s’écrouler.
Longtemps perçue comme une préoccupation superficielle, l’étroite corrélation qui existe entre travail et développement durable est devenue aujourd’hui une préoccupation essentielle que nos sociétés contemporaines ne sauraient ignorer. C’est donc pour ainsi dire un constat général que le manque de travail est un problème qui freine le développement de la société, créant ainsi un taux de chômage très élevé. Dans ces conditions, « Le travail, fondement du développement durable et rempart contre le chômage : enjeux et perspectives pour nos sociétés » mérite qu’on s’y intéresse. Mais avant toute considération et afin de mieux cerner le sens du sujet, il sera de bon ton pour nous de recourir à une clarification conceptuelle des concepts ‘‘société’’ et ‘‘travail’’.
Clarification des concepts de société et de travail
La société vient étymologiquement du latin ‘‘societas’’ qui évoque l’idée d’une association ou d’une union. Parler ainsi de société reviendrait alors à désigner de façon générale tout ensemble d’individus reliés entre eux par une culture et une histoire. Dans un sens philosophique, ce concept donne lieu de se référer à Jean-Jacques ROUSSEAU qui l’aborde dans son ouvrage Du contrat Social. Pour Rousseau, en effet, l’idéal humain revient à quitter l’Etat de nature à l’Etat de société qui n’est autre qu’un état de paix dans lequel le peuple soumet sa liberté à un citoyen qui veillera à assurer toute leur sécurité.
Par ailleurs, le terme ‘‘Travail’’ vient étymologiquement du mot latin ‘‘Tripalium’’ qui indique un instrument de torture à trois pieds. On comprend alors dans ce sens précis que parler du travail a une portée doloriste voire esclavagiste. . Gérard CORNU, par contre, affirme qu’il s’agit d’un terme qui désigne l’activité humaine, manuelle ou intellectuelle, exercée en vue d’un résultat utile déterminé.
C’est d’ailleurs ce sens que lui donne CORNU qui introduit celui économique usuel où le travail est perçu comme l’activité rémunérée en vue d’une production de biens et de services. Quant à ses règles, si autrefois, elles étaient déterminées par la famille des bourgeois, désormais elles sont prévues et encadrées par des codes et lois qui s’imposent aux employeurs comme aux employés (salariés).
De fait, le droit du travail s’est donc progressivement constitué sous la pression du mouvement ouvrier (à partir du milieu du dix-neuvième siècle) avec l’élimination du travail des enfants, la lutte pour la baisse du temps de travail et la reconnaissance du temps du syndicalisme. Il existe dans ce sens un certain nombre de règles ayant valeur internationale, dans les conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) ou dans le cadre du droit européen.
C’est d’ailleurs pourquoi depuis le 27 janvier 1998, le Bénin s’est doté d’un code du travail. Selon les dispositions de l’article 2 dudit code, ‘‘est considéré comme travailleur, quels que soient son sexe et sa nationalité, toute personne qui s’est engagée à mettre son autorité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne physique ou morale, publique ou privée’’.
Si tel est le sens que l’on doit désormais percevoir du travail de nos jours, quel serait alors son rôle ou son impact –en occurrence le travail personnel –sur le développement durable en société ? Telle est la question à laquelle la présente étude tentera de répondre.
I- Le travail, source de bonheur durable pour l’homme
Pour Voltaire, un célèbre auteur, « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Cela signifie simplement que le travail donne un sens à la vie de l’homme. Il lui permet de démontrer ses capacités à faire quelque chose, le rendant ainsi fier et lui procure une confiance en soi. On parle de bonheur lorsque l’homme atteint un état de satisfaction profonde et durable où il se sent pleinement épanoui dans sa vie. Ainsi, le travail assure une indépendance matérielle et financière à l’homme afin de lui permettre de subvenir à ses besoins. Il rehausse la personnalité de l’homme dans la société et l’intègre dans la vie collective à travers les relations qu’il tisse. Ces relations lui sont d’un grand secours. Sans le travail, l’homme est réduit au chômage. Ce chômage a des conséquences négatives sur la personne, sa famille et la société dans son ensemble. C’est dans cette perspective qu’une maxime africaine dit : ‘’L’homme qui s’est fixé des objectifs et qui les a réalisés par le biais de son travail se sent épanoui. ». Et au poète Arthur RIMBAUD de renchérir : « la vie fleurit par le travail. ».
Le travail permet ainsi simplement à l’homme de vivre une vie paisible sans un manque essentiel. Il contribue ainsi à sa capacité de prendre soin de ses proches ; contribue à son estime de soi et ce, en lui offrant des perspectives d’avenir. Le travail lui permet de mieux gérer son temps et son stress. Il le conduit au savoir, au savoir-faire et au savoir être. C’est ce que sans doute voudrait exprimer le philosophe allemand Emmanuel KANT quand il écrit : « le travail est indispensable au bonheur de l’homme ; il l’élève, le console ; et peu importe la nature du travail, pourvu qu’il profite à quelqu’un : faire ce qu’on peut, c’est faire ce qu’on doit ». Plus loin, il affirme qu’il « est l’activité vitale propre au travailleur, l’expression personnelle de sa vie ».
Ainsi en structurant la vie, en valorisant l’individu et en assurant son autonomie, le travail paraît tel un élément essentiel du bonheur durable de l’homme. Par conséquent, honneur et bonheur à vous tous qui travaillez sur le territoire, heureux de faire la joie de vos familles, de vos proches et de votre pays.
Cependant serait-il obligatoire d’être sous le règne d’un employeur avant de contribuer au bonheur de mon pays en occurrence à la paix dans la société ?
II- Le travail personnel, vers un horizon pacifique en société
‘’Tout travail, même le plus humble, est noble s’il est fait avec amour. ‘’ Thomas Cratyle.
Evoquer le travail personnel ne se limite pas à l’effort individuel pour réussir un examen ou gagner sa vie. Il est plutôt un acte de construction intérieure qui a des répercussions directes sur la paix sociale. Se travailler soi-même, c’est travailler la société. Et quand on parle du travail personnel, on fait référence dans ce cadre, plus à une activité indépendante c’est-à-dire non salariée. Avec l’évolution aujourd’hui de l’entreprenariat, l’homme démontre chaque jour qu’avec son activité personnelle, il peut s’épanouir et peut vivre au même titre que le salarié. L’entrepreneur apporte un plus dans la société à travers son savoir, savoir-faire et savoir être. Le fait de mettre son activité au service d’autres personnes contribue à l’évolution de la société. Mais pour que cela puisse advenir, il faut que l’homme puisse s’imposer une rigueur dans son travail. On doit quitter le travail personnel pour celui communautaire. Et cela exige patience, persévérance pour qu’il y découle des fruits en abondance et en superflu. Notons par ailleurs, que notre affirmation se fonde sur la connaissance que nous avons de l’entreprenariat, du développement personnel et bien d’autres choses que, nous jeunes, faisons.
En outre, il est important de reconnaître l’implication de l’Etat qui joue également sa la partition afin de mieux soutenir l’innovation entreprenante de ces jeunes entrepreneurs. Il s’agira pour ainsi dire, quand le travail personnel est bien fait et arrive à trouver du talent parmi les jeunes, à valoriser ce travail, à contribuer à l’élévation sociale, à la promotion de ces derniers. Car, il faudrait comprendre qu’une société de travailleurs consciencieux est une société qui produit, innove et partage. Pour exemple, un cultivateur qui se met en relation de business avec ceux qui travaillent pour la transformation des produits récoltés et d’autres pour favoriser la commercialisation est vecteur d’un esprit qui, indubitablement, portera son fruit. La paix naît aussi de la prospérité partagée. Le travail personnel est donc une école de paix puisqu’en se forgeant lui-même, l’individu forge la société : il devient acteur responsable de la construction et du développement de sa société. L’horizon pacifique lui permet ainsi de quitter une vision subjective du travail vers une réalité objective, nécessitant une réflexion communautaire.
C’est pourquoi avec ces mots fort empreints d’encouragement de Gandhi, nous encourageons chacun et tous à la participation et la construction du développement social : « Jeune, sois le changement que tu veux voir dans le monde »
Et à vous tous qui solfiez sur les notes du code et des autres conventions du travail,
A vous tous qui, de nuit et de jour, vous efforcez pour le travail bien fait,
A vous tous qui œuvrez pour la paix de par votre travail dans notre pays et ailleurs, je nous souhaite une bonne et heureuse fête de travail.
Japheth Ewilis SONON
Étudiant-Séminariste en cycle de philosophie



