Alors que la France multiplie depuis janvier 2026 les gestes diplomatiques en direction d’Alger pour normaliser deux années de crise, elle a annoncé mercredi 20 mai la prochaine signature d’un traité bilatéral avec le Maroc, à l’occasion d’une visite d’État du roi Mohammed VI. L’annonce a été faite à l’issue d’entretiens entre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et son homologue marocain Nasser Bourita.
Barrot a qualifié ce texte de « premier traité de ce type avec un pays non européen ». Bourita a décrit la relation franco-marocaine comme vivant « sa meilleure époque à tous les niveaux », citant la défense, la sécurité et l’aéronautique. Ni la date de la visite royale ni le contenu précis du traité n’ont été dévoilés.
Le Sahara occidental, point de friction persistant
Sur le dossier du Sahara occidental, Barrot a réaffirmé le soutien de Paris à la reprise de pourparlers directs sur la base du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, dans la lignée de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette position, assumée publiquement depuis juillet 2024, est précisément ce qui avait déclenché le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris et ouvert deux années de crise entre les deux pays.
Le Maroc revendique le Sahara occidental comme partie intégrante de son territoire et propose un plan d’autonomie, tandis que l’Algérie soutient le droit à l’autodétermination des Sahraouis en appuyant le Front Polisario. Ce conflit persiste depuis plus de 50 ans avec une frontière fortifiée qui divise le territoire et des camps de réfugiés sahraouis en Algérie. L’ONU reconnaît le droit au référendum d’autodétermination, mais celui-ci n’a jamais eu lieu et les positions des deux pays restent irréconciliables. Les tensions se manifestent régulièrement par des crises diplomatiques et des rivalités d’influence dans la région.
Des gestes vers Alger sans concession sur le fond
Depuis janvier 2026, Paris a multiplié les déplacements ministériels à Alger : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en février pour relancer la coopération sécuritaire, le ministre de la Justice Gérald Darmanin le 18 mai pour le dialogue judiciaire. Le 8 mai, l’ambassadeur français a regagné son poste, et la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo a participé aux commémorations de Sétif. Aucun de ces gestes ne s’est accompagné d’un infléchissement sur le Sahara occidental, que l’Algérie considère comme un point de rupture non négociable.
L’annonce du 20 mai avec Rabat montre que Paris entend maintenir un ancrage fort avec le Maroc, indépendamment des efforts de normalisation conduits en parallèle avec son voisin de l’Est. La signature du traité franco-marocain reste suspendue à la tenue de la visite d’État du roi Mohammed VI, dont la date n’a pas encore été annoncée.



