Alors que le Mali traverse l’une des pires crises sécuritaires de son histoire récente, la Coalition des forces pour la République (CFR) affiche une position qui ne manquera pas de faire débat : négocier avec tous les acteurs armés, y compris le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
C’est Étienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la CFR — coalition fondée en décembre 2025 et dont l’imam Mahmoud Dicko est le référent moral — qui a porté ce message le 5 mai 2026 sur le plateau de France 24. Économiste de formation et opposant en exil, il s’exprimait au lendemain de la prise de fonction d’Assimi Goïta comme ministre de la Défense, en remplacement du général Sadio Camara, tué lors des attaques coordonnées du 25 avril.
Un dialogue sans exclusive revendiqué
La CFR souhaite qu’un nouveau régime civil de transition engage des discussions avec l’ensemble des groupes armés maliens, conformément aux recommandations des multiples consultations nationales organisées ces dernières années.
Sur la question du JNIM, Étienne Fakaba Sissoko a défendu un dialogue avec l’ensemble des acteurs, affirmant que la CFR ne cautionne « aucune violence » mais qu’il faut « regarder la réalité en face ». Concrètement, la coalition envisage d’inscrire dans une future Constitution le rôle des cadis — juges islamiques déjà actifs dans les régions de Gao, Tombouctou et Kidal — afin de régler durablement les questions de revendications territoriales et celles liées au rôle des religieux dans la gouvernance nationale.
Concernant le Front de libération de l’Azawad (FLA), la CFR envisagerait une décentralisation avancée, voire un fédéralisme, pour accorder davantage d’autonomie aux collectivités territoriales. En revanche, l’indépendance du Nord demeure une « ligne rouge » pour la coalition.
La CFR met en cause les autorités de transition
Selon Étienne Fakaba Sissoko, la CFR aurait dialogué pendant un an avec l’ensemble des acteurs impliqués dans la crise, y compris les autorités de transition elles-mêmes à leurs débuts. Ces dernières « n’écouteraient plus personne » et constitueraient, selon lui, « le seul et unique obstacle à la paix ». Les autorités de transition n’ont pas répondu publiquement à ces accusations au moment de la publication.
Ces déclarations font suite au communiqué publié le 26 avril par la CFR, au lendemain des attaques coordonnées du 25 avril, appelant à la démission des militaires et à l’ouverture d’une transition civile. Le bilan officiel de ces attaques fait état de 23 morts civils et militaires.
Un pari politique aux contours incertains
La position de la CFR soulève néanmoins des questions de fond. Le JNIM est un groupe armé responsable de nombreuses victimes civiles au Mali et dans la région, qui impose dans les zones sous son contrôle une application stricte de la charia. Selon des analystes, le groupe serait conscient qu’il a besoin d’une alliance plus large pour renverser le pouvoir en place, et le temps jouerait en sa faveur si les Maliens ne parviennent pas à trouver une issue politique à une situation qui ne cesse de s’aggraver. La question de savoir si une telle négociation est possible avec un acteur de cette nature reste ouverte.




Le diviser pour régner (Divide and Conquer) à l’air de bien marcher sur les Africains.