Sonko à l'Assemblée : Doudou Ka dénonce un « hold-up parlementaire »

L’Assemblée nationale du Sénégal est convoquée ce mardi 26 mai 2026 pour examiner la réintégration d’Ousmane Sonko comme député, trois jours après son limogeage de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye. Avant même la tenue de la séance, un ancien membre du gouvernement a publiquement contesté la légalité de cette procédure. Doudou Ka, ancien ministre, a publié dimanche une déclaration qualifiant l’opération de « hold-up parlementaire » et d’« impossibilité constitutionnelle absolue ».

Une incompatibilité constitutionnelle, selon Doudou Ka

L’argumentation de Doudou Ka repose sur l’article 54 de la Constitution sénégalaise, dont il cite la formulation : « les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice d’un mandat parlementaire ». L’ancien ministre rappelle qu’Ousmane Sonko était Premier ministre en exercice lorsqu’il a conduit la liste du PASTEF aux élections législatives de novembre 2024, sans démissionner préalablement de ses fonctions gouvernementales. Cette situation aurait rendu juridiquement impossible l’exercice simultané des deux fonctions.

Selon Doudou Ka, la conséquence de ce choix est irréversible : Sonko n’aurait jamais pu être député au sens constitutionnel du terme durant les 780 jours où il a occupé le poste de Premier ministre. « On ne réintègre pas un ensemble auquel on n’a jamais appartenu », écrit-il, ajoutant que tous les actes administratifs pris par Sonko à l’Assemblée nationale le jour de l’installation de la 15e législature seraient « nuls et de nul effet ».

Il conteste par ailleurs l’application de l’article 124 du règlement intérieur 2025 de l’Assemblée nationale à cette situation, au nom de la hiérarchie des normes : un règlement intérieur ne peut, selon lui, neutraliser une incompatibilité posée par la Constitution elle-même.

La voie que Sonko n’a pas empruntée

Doudou Ka décrit la procédure constitutionnelle qui aurait dû être suivie : démissionner de la Primature à l’issue du scrutin législatif, laisser valider l’élection de député, être installé comme parlementaire, puis attendre une éventuelle reconduction comme Premier ministre avant de suspendre son mandat. Cette séquence n’ayant pas été respectée, l’ancien ministre estime que le mandat de Sonko n’a jamais pu être suspendu, « puisqu’il n’a jamais quitté l’Assemblée pour rejoindre le Gouvernement ».

La convocation de la plénière du 26 mai pour valider une réintégration repose donc, selon lui, sur une fiction juridique. « Quand un parlement commence à fabriquer ses députés, il devient une représentation théâtrale », conclut-il.

Appel au Conseil constitutionnel et au président Faye

Doudou Ka formule trois appels explicites dans sa déclaration. Il demande au président Diomaye Faye de ne pas valider la manœuvre et l’invite à relire l’article 39 de la Constitution, sans en préciser la teneur dans son texte. Il appelle les députés à « refuser de voter cette forfaiture ». Il s’adresse enfin « solennellement » au Conseil constitutionnel pour qu’il « exerce son rôle de gardien du droit ».

Aucune saisine formelle du Conseil constitutionnel n’avait été confirmée au moment de la publication de cet article. L’institution n’a pas réagi publiquement à la déclaration de l’ancien ministre.

Une séance à haut risque institutionnel

La plénière du 26 mai se tiendra dans un contexte de recomposition accélérée. Le président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye, considéré comme proche de Sonko, a démissionné de ses fonctions le 24 mai, tout en conservant son mandat de député. Son suppléant Ismaïla Wone a renoncé à son siège en faveur de Sonko, ouvrant la voie à sa réintégration. Selon plusieurs sources concordantes, Sonko serait en position de briguer la présidence de l’institution parlementaire dès cette séance.

Si Sonko accède au perchoir, le Sénégal se retrouvera dans une configuration sans précédent : un président de la République et un président de l’Assemblée nationale issus du même parti, mais ouvertement en rivalité, avec pour horizon commun la présidentielle de 2029.

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