Uranium du Niger : Niamey a gagné la bataille politique, Paris tient le verrou judiciaire

Depuis la nationalisation de la Somaïr en juin 2025, les autorités nigériennes n’ont pas exporté un seul kilogramme d’uranium sur les marchés internationaux. Plus de 1 800 tonnes de concentré — évaluées à environ 380 millions de dollars — restent immobilisées sur le territoire nigérien, faute d’acheteurs capables de s’affranchir des procédures judiciaires engagées par le groupe français Orano, soutenu par Paris dans ce bras de fer entamé au lendemain du coup d’État de juillet 2023.

Niamey reprend le contrôle, acte par acte

La stratégie des autorités nigériennes a suivi une logique d’escalade méthodique. En juin 2025, elles nationalisent la Somaïr, société exploitant la mine d’Arlit et détenue à 63,4 % par Orano. Le directeur local du groupe français est arrêté. Le 14 novembre, le général Abdourahamane Tiani se rend personnellement sur le site pour dévoiler la plaque de nationalisation. Le 18 mai 2026, le Conseil des ministres franchit une étape supplémentaire en annulant la concession minière d’Orano Mining à Arlit — octroyée à l’origine en 1968 à la Commission à l’énergie atomique française, faisant d’elle l’un des arrangements miniers étrangers les plus anciens du continent. Une compagnie nationale est créée pour prendre le relais, les autorités invoquant le non-paiement de redevances de surface comme fondement juridique de la révocation.

La contre-offensive prend également une dimension environnementale. Le 4 février 2026, le ministre nigérien de la Justice annonce une plainte contre Orano pour «désastre écologique», après la découverte de 400 fûts contenant des matières radioactives sur un ancien site abandonné par la compagnie dans le département d’Arlit. Un comité d’experts est constitué pour documenter les violations environnementales, sanitaires et fiscales devant toutes les instances compétentes, y compris françaises. Selon les chiffres avancés par Niamey, entre 1971 et 2024, 86 % des revenus de l’exploitation auraient bénéficié à Orano contre 9,2 % au Niger.

Paris active le CIRDI, Niamey se retrouve prisonnier de son uranium

Face à cette reprise en main, la France a choisi la voie judiciaire internationale. Paris saisit le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), rattaché à la Banque mondiale, permettant à Orano d’obtenir le 23 septembre 2025 une ordonnance interdisant aux autorités nigériennes de vendre, céder ou faciliter le transfert à des tiers de l’uranium produit par la Somaïr. Le groupe français engage depuis un second arbitrage auprès de la même instance.

L’ordonnance produit un effet dissuasif immédiat sur les acheteurs potentiels. Le 4 mai 2026, le ministre des Mines, le colonel Ousmane Abarchi, qualifie publiquement les procédures de «quasi-harcèlement judiciaire», reconnaissant que les litiges bloquent toute commercialisation malgré des discussions en cours avec des acheteurs qu’il décrit comme «sérieux». La contrainte logistique aggrave la situation : le Niger, pays enclavé, ne dispose plus d’accès fiable aux ports régionaux depuis la dégradation de ses relations avec le Bénin et le Togo. Une partie du stock serait entreposée à l’aéroport international de Niamey.

En novembre 2025, un convoi d’environ 1 000 tonnes aurait quitté Arlit en direction du Togo via le Burkina Faso — une opération qu’Orano a dénoncée comme illégale au regard de l’ordonnance du CIRDI. En février 2026, le général Tiani propose de restituer à la France environ 95 tonnes correspondant à la part détenue par Orano dans la Somaïr. Orano y voit les prémices d’une possible négociation, sans qu’aucun accord formel n’ait été conclu depuis.

La prochaine audience devant le CIRDI, dont l’issue conditionne toute perspective d’exportation pour Niamey, n’a pas encore été rendue publique par les deux parties.

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