Une vague de départs sans précédent secoue la communauté ougandaise d’Afrique du Sud. Le président Yoweri Kaguta Museveni a ordonné l’organisation d’une évacuation de ses ressortissants depuis le territoire sud-africain, a annoncé le ministère des Affaires étrangères de l’Ouganda dans un communiqué daté du 28 juin. La décision intervient après plusieurs mois de tensions marquées par des violences anti-migrants attribuées à des groupes vigilants.
Selon le ministère, 746 Ougandais se sont déjà inscrits volontairement pour bénéficier d’une assistance au rapatriement, invoquant des préoccupations sécuritaires. Ce chiffre devrait encore augmenter dans les prochains jours. Le texte précise par ailleurs que de nombreux compatriotes ont quitté le pays de leur propre initiative, anticipant l’échéance du 30 juin fixée par des groupes vigilants pour le départ des étrangers.
Un dispositif piloté depuis Kampala
Le ministère des Affaires étrangères coordonne l’opération avec plusieurs institutions : les services du Premier ministre, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Travaux publics et des Transports, la Haute Commission ougandaise en Afrique du Sud, ainsi que les représentants de la communauté ougandaise sur place. Le plan d’évacuation, encore en phase de finalisation, devrait débuter dans les prochains jours.
L’opération suit un protocole en plusieurs étapes : recensement des Ougandais concernés dans les différentes provinces sud-africaines, transfert vers des centres de regroupement sécurisés, délivrance de documents de voyage d’urgence si nécessaire, puis coordination avec les autorités sud-africaines de l’immigration pour organiser les départs. Uganda Airlines assurera des vols charters spéciaux, intégralement financés par le gouvernement ougandais, en partenariat avec le ministère des Transports.
Cette initiative rejoint celles déjà engagées par d’autres pays africains. Le Nigeria a procédé au rapatriement de plusieurs centaines de ses citoyens depuis mai, tandis que le Ghana, le Malawi, le Zimbabwe et le Mozambique ont mené des opérations similaires au cours des dernières semaines. Plus de 3 000 Malawiens se sont notamment retrouvés dans un camp de transit improvisé à Durban, dans la province du KwaZulu-Natal.
Une victime à déplorer
Le communiqué ougandais fait état du décès d’un compatriote, tué lors d’une attaque survenue dans la province du KwaZulu-Natal. Le gouvernement a présenté ses condoléances à la famille du défunt et engagé les démarches pour le rapatriement du corps.
Cette province constitue l’un des foyers les plus actifs des tensions migratoires actuelles. Elle a vu naître le mouvement March and March, à l’origine de l’ultimatum du 30 juin exigeant le départ des étrangers en situation irrégulière. Selon Al Jazeera, la police sud-africaine enquête également sur la mort d’un ressortissant malawien de 29 ans, attaqué après une manifestation à Pietermaritzburg, dans la même province.
Le ministère ougandais indique poursuivre les échanges avec le gouvernement sud-africain « pour garantir la sécurité et la sûreté des ressortissants ougandais demeurant sur le territoire« . D’autres pays du continent, dont le Kenya, le Lesotho et le Zimbabwe, ont émis des avertissements similaires à l’attention de leurs citoyens établis en Afrique du Sud.
Une échéance sous tension
Le compte à rebours vers le 30 juin alimente les craintes d’une nouvelle escalade. Les autorités sud-africaines ont annoncé un renforcement des effectifs de sécurité à l’échelle nationale et placé des unités militaires en état d’alerte, prévenant qu’aucune violence ne sera tolérée après cette date. Le communiqué du ministère ougandais ne précise pas encore la date exacte de début des vols charters, ni le nombre total de ressortissants visés par l’opération.
