Ce mardi 17 juin, le ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a affirmé à Paris la disponibilité d’Abidjan à reprendre des opérations conjointes avec Bamako et Ouagadougou, en marge du salon Eurosatory consacré aux équipements militaires. Cette prise de parole du ministre ivoirien intervient après le processus de dégel diplomatique initié par le nouveau président béninois Romuald Wadagni vis-à-vis des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le responsable ivoirien a évoqué la possibilité de reprendre des opérations conjointes, interrompues selon lui de manière soudaine. Il a insisté sur la nécessité d’une action coordonnée face à la menace terroriste dans la sous-région. « Il y a eu un arrêt brutal et depuis, il n’y a rien du tout », a-t-il déclaré, en référence à la coopération militaire passée avec le Burkina Faso. Le ministre a ajouté que la lutte contre les groupes armés ne peut être menée isolément par un seul État.
Des relations marquées par des ruptures diplomatiques et des tensions frontalières
Les relations entre la Côte d’Ivoire et ses voisins du nord ont connu plusieurs épisodes de crispation depuis les changements politiques intervenus au Mali en 2020 puis au Burkina Faso en 2022. Les transitions militaires dans ces deux pays ont entraîné des divergences avec Abidjan, notamment sur les orientations régionales et la gestion des cadres de coopération sécuritaire.
En janvier 2022, l’arrestation de 49 soldats ivoiriens à Bamako par les autorités de transition maliennes, qui les avaient accusés d’être des mercenaires, avait provoqué une crise diplomatique prolongée entre les deux capitales. Le dossier avait été suivi de sanctions et de médiations régionales avant une libération progressive des militaires concernés. Cet épisode reste l’un des points les plus sensibles dans les relations bilatérales.
Avec le Burkina Faso, les tensions se sont concentrées sur la sécurisation de la frontière commune. Des incidents sécuritaires et accusations réciproques ont alimenté la méfiance. Les échanges officiels ont été réduits pendant une période, affectant les mécanismes de coordination militaire existants.
Des signaux parallèles de reprise du dialogue dans la sous-région
Au niveau de la sous-région, le Bénin a montré la voie. Le nouveau président béninois Romuald Wadagni a engagé début juin une série de démarches diplomatiques avec les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) visant à relancer la coopération sécuritaire régionale.
Les initiatives béninoises ont consisté en des visites officielles à Niamey, Bamako, puis à Ouagadougou, où les autorités des pays concernés ont échangé sur la lutte contre les groupes armés et la criminalité transfrontalière.
Le 2 juin, moins de deux semaines après son investiture, le président Romuald Wadagni a effectué une visite de travail et d’amitié au Niger. Lors de cet échange avec le général Abdourahamane Tiani, les deux dirigeants ont abordé plusieurs axes de coopération, notamment sécuritaire et économique.
Par la suite, Romuald Wadagni s’est rendu au Burkina Faso où il a été reçu par le capitaine Ibrahim Traoré. Selon un communiqué de la présidence burkinabè, les deux dirigeants ont évoqué la coordination face aux menaces transfrontalières et la criminalité organisée.
Une visite similaire a été effectuée par le chef de l’État béninois au Mali quelques jours plus tôt. À Bamako, les autorités maliennes et béninoises ont évoqué la mise en place de mécanismes de coopération entre services de renseignement, selon des informations communiquées par les autorités maliennes. Les déclarations du ministre ivoirien de la Défense ajoutent une position supplémentaire en faveur d’un assouplissement des relations sécuritaires entre États côtiers et pays sahéliens.



