Bénin : la FCBE défend son virage politique et revient sur la démission de Hounkpè

Le 2e secrétaire exécutif national adjoint de la Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), El-Farouk Soumanou, s’est exprimé dimanche 21 juin 2026 sur E-Télé pour expliquer le basculement de son parti vers la mouvance présidentielle et revenir sur le départ surprise de Paul Hounkpè, ancien secrétaire exécutif national, intervenu le 28 avril 2026.

La démission de Hounkpè avait suivi de peu la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle du 12 avril par la Cour constitutionnelle. Le duo qu’il formait avec Rock Judicaël Hounwanou n’avait récolté que 5,73 % des suffrages, contre 94,27 % au ticket Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata. Ce double fait — virage politique et départ du chef — constituait le fil conducteur de l’entretien accordé à E-Télé.

Une trajectoire construite sur dix ans de renoncement à l’opposition radicale

Pour comprendre le ralliement de la FCBE à la mouvance présidentielle, El-Farouk Soumanou est remonté à 2016. Après dix ans de gestion du pays aux côtés du président Boni Yayi, la FCBE avait perdu la présidentielle face à Patrice Talon. Pour Soumanou, la logique démocratique commandait alors une seule réponse : « L’éthique et la morale voulaient que nous assumions le rôle de l’opposition. Du moment où le peuple n’a pas cautionné notre candidat, il était normal que nous restions dans ce statut. »

Mais la FCBE a choisi une opposition dite modérée, refusant ce que Soumanou appelle le « régimisme » — cette pratique consistant à rallier automatiquement le nouveau pouvoir après une défaite. « Ce n’est pas parce qu’on a traîné une pratique pendant longtemps qu’elle est bonne. Lorsqu’il y a l’occasion de rectifier, il faut le rectifier », a-t-il affirmé. Le parti entendait ainsi dénoncer ce qui n’allait pas, formuler des propositions alternatives, et rester en dialogue avec le pouvoir en place sans en devenir le satellite.

Cinq scrutins sans résultat, les accords comme issue

Après cinq consultations électorales infructueuses entre 2020 et 2026 — sans siège parlementaire, sans victoire communale significative, sans percée à la présidentielle — la FCBE a tiré la conclusion que sa stratégie d’opposition, même modérée, avait atteint ses limites. « Tout ce qu’on proposait lors des élections n’a pas été accepté par le peuple », a reconnu Soumanou. C’est ce constat qui a conduit le parti à signer des accords de gouvernance avec les formations de la majorité présidentielle, en vue des élections générales de 2026, puis à s’engager formellement dans la mouvance soutenant Romuald Wadagni.

Mais la FCBE n’a pas obtenu de siège, ni au parlement ni dans les collectivités, malgré ces arrangements. Un communiqué dénonçant un « hold-up électoral » avait alors été publié. Soumanou a défendu ce texte comme une dénonciation sincère d’irrégularités constatées sur le terrain : « Ce n’est pas parce que nous devons travailler ensemble qu’il ne faut pas dénoncer. »

La démission de Hounkpè, incomprise jusqu’au sein du bureau

C’est dans cette situation — celui d’un parti sur le point de formaliser son appartenance à la mouvance — que Paul Hounkpè a remis sa démission, sans en avertir ses adjoints. « Nous sommes ses adjoints, il ne nous a pas concertés, il ne nous a pas laissé entrevoir cela », a déclaré Soumanou. L’explication donnée par Hounkpè au Conseil national du 9 mai — enchaînement d’échecs, fatigue, nécessité de passer la main — a été actée sans être pleinement comprise. « Jusqu’aujourd’hui, nous cherchons toujours à comprendre le fond de sa pensée », a confié le 2e adjoint.

Les rumeurs d’un positionnement institutionnel imminent qui aurait motivé ce départ ont été écartées par Soumanou : « S’il bénéficiait d’un tel positionnement en dehors du parti, ça poserait forcément un problème. » Hounkpè reste membre de la FCBE et a été désigné par le Conseil national pour présider le comité chargé de la mise en œuvre des accords de gouvernance. Garba Yaya, ancien porte-parole et ex-maire de Bembèrèkè, assure l’intérim à la tête du parti dans l’attente d’un congrès dont la date n’a pas encore été officiellement fixée.

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