L’accord censé geler le programme nucléaire iranien n’a pas empêché Téhéran de relancer ses chantiers. Des images satellites analysées par l’Institute for Science and International Security (ISIS) et CNN, prises entre juin et début juillet 2026, montrent une reconstruction active de l’installation souterraine de Taleghan 2, au sein du complexe militaire de Parchin, frappée à deux reprises par les États-Unis en mars et avril derniers.
Ce chantier survient alors que la trêve entre Washington et Téhéran vient de voler en éclats. Donald Trump a annoncé le 8 juillet que le cessez-le-feu était rompu, après que l’Iran eut visé des navires marchands dans le détroit d’Ormuz puis des bases américaines au Koweït et à Bahreïn. En représailles, l’armée américaine a mené de nouvelles frappes contre des défenses antiaériennes, des radars et une soixantaine d’embarcations des Gardiens de la révolution. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a répliqué sur X : « L’ère de l’intimidation et du chantage est révolue. »
Des réparations qui s’accélèrent au fil des semaines
Selon l’ISIS, les premières images du 12 juin montraient un simple recouvrement temporaire des trois cratères d’impact laissés par les bombes anti-bunker sur le toit de l’installation. Deux semaines plus tard, le 22 juin, les équipes iraniennes avaient excavé les abords des trous, posé des bâches de protection et commencé à couler du béton frais pour renforcer l’angle sud-est du bâtiment. Au 7 juillet, une grue opérait directement au-dessus des points d’impact et un treillis de barres d’armature était installé en vue d’un scellement définitif à l’aide de béton armé, avant un probable ensevelissement sous la terre.
Taleghan 2, soupçonné d’avoir abrité des essais liés au programme d’armement nucléaire Amad, n’en serait pas à sa première reconstruction : le site avait déjà été détruit par une frappe israélienne en octobre 2024, puis rebâti dès mai 2025. D’après le fondateur de l’ISIS, David Albright, l’ampleur des travaux observés démontre une volonté de restaurer les capacités du site.
Une activité qui interroge sur le respect de l’accord de juin
Le mémorandum signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, sous médiation qatarie et pakistanaise, prévoyait notamment un gel du statu quo sur les installations nucléaires iraniennes. Or les travaux à Taleghan 2 ont débuté pendant que cet accord était encore techniquement en vigueur. Une activité comparable a également été repérée sur le site souterrain non inspecté de Pickaxe Mountain, dans les monts Zagros, où des mouvements de véhicules et une remise en service du réseau électrique ont été observés fin juin. À l’inverse, l’ISIS n’a détecté aucune activité inhabituelle sur les trois sites nucléaires historiques de Natanz, Ispahan et Fordow, où les accès restent détruits.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui n’a plus accès à Parchin depuis 2006, ne dispose à ce stade d’aucun moyen de vérifier sur place la nature exacte des travaux en cours. Téhéran continue d’affirmer que son programme nucléaire demeure strictement civil. La prochaine étape attendue est la reprise des pourparlers entre le négociateur américain Steve Witkoff et le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, qui s’est rendu samedi à Oman pour de nouvelles discussions.
