La Banque africaine de développement (BAD) appuie un projet estimé à environ 656 millions de francs CFA pour renforcer la gestion commune des ressources en eau du bassin du Mono entre le Bénin et le Togo. D’après le rapport d’évaluation publié par l’institution le 17 juin, cette enveloppe est destinée au financement du Projet de planification des investissements et de gouvernance effective pour une utilisation durable des ressources en eau dans le bassin du Mono (Pgeau-Mono), prévu pour une durée de 30 mois.
L’intervention de la BAD s’effectue principalement à travers la Facilité africaine de l’eau (FAE), son instrument dédié au financement du secteur de l’eau. Ce mécanisme apporte une contribution de 700 000 euros, soit environ 459,2 millions de francs CFA, représentant 70 % du coût total du projet estimé à un million d’euros. Le reste du financement, évalué à 300 000 euros (environ 196,8 millions de francs CFA), sera assuré par l’Autorité du Bassin du Mono (ABM) ainsi que par les gouvernements du Bénin et du Togo. Créée en 2014 par les deux pays, l’ABM est chargée de coordonner la gestion transfrontalière du bassin du Mono et de favoriser une utilisation durable de ses ressources hydriques.
Un schéma directeur comme colonne vertébrale
Le projet s’articule autour de trois axes majeurs. Le volet principal, financé à hauteur de 605 000 euros (environ 396,9 millions de francs CFA), porte sur la conception et l’approbation d’un Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) couvrant l’ensemble du bassin du Mono. Ce cadre stratégique devra intégrer une analyse globale de la situation du bassin, une cartographie détaillée, un ensemble d’actions prioritaires, un plan d’investissement évalué financièrement ainsi qu’une étude environnementale stratégique répondant aux exigences de la BAD et aux réglementations en vigueur au Bénin et au Togo.
La réalisation des orientations définies dans le Sdage s’appuiera sur une stratégie progressive de recherche de financements. Celle-ci prévoit la mobilisation de 40 % des ressources nécessaires sur une période de trois à cinq ans, 35 % entre cinq et sept ans, puis 25 % sur une échéance de sept à dix ans. Avec le soutien de la BAD, une rencontre réunissant les partenaires financiers sera organisée afin de présenter les projets identifiés dans le schéma directeur et de favoriser la conclusion d’accords de financement.
Deux projets pilotes sur le terrain
La deuxième composante, financée à hauteur de 215 000 euros (environ 141 millions de francs CFA), prévoit la mise en œuvre de deux interventions climato-résilientes à caractère démonstratif. Au Togo, les actions concerneront la restauration des écosystèmes dégradés ainsi que la réduction de l’érosion dans la zone d’Amou Oblo, située dans la région centrale. Au Bénin, l’intervention visera la lutte contre la prolifération des plantes aquatiques envahissantes dans le lac Djétoé, au sein de la commune de Lokossa. Ces deux chantiers contribueront également au renforcement des capacités de l’Autorité du Bassin du Mono (ABM) et des acteurs locaux.
Le troisième axe, doté d’un financement de 180 000 euros (environ 118,1 millions de francs CFA), porte sur la gestion administrative du projet, ainsi que sur sa coordination et son suivi-évaluation, conformément aux procédures de la BAD. Le rapport d’évaluation relève plusieurs facteurs de pression sur le bassin, notamment la croissance démographique, la déforestation, la dégradation des terres et les pollutions d’origine agricole et domestique. À ces défis s’ajoutent les effets du changement climatique, marqués par la variabilité des précipitations, la récurrence des inondations et des épisodes de sécheresse.
S’étendant sur environ 400 kilomètres, le fleuve Mono prend sa source au Togo et se jette dans l’océan Atlantique au Bénin, ce qui en fait un espace de gestion partagée entre les deux pays depuis la création de l’ABM. L’adoption du Sdage, principal livrable du Pgeau-Mono, constituera la prochaine étape formelle du processus, avant l’organisation de la table ronde des bailleurs prévue dans le cadre du projet.



