En Suisse, l'Iran met la pression sur les États-Unis mais ne rompt pas le dialogue

La délégation iranienne a quitté dimanche 21 juin le bâtiment de l’hôtel Bürgenstock, dans le centre de la Suisse, où se déroulaient des pourparlers avec les États-Unis sur l’avenir du conflit au Moyen-Orient. Ce départ, intervenu après la publication d’un message présidentiel américain jugé insultant par Téhéran, illustre la fragilité d’un dialogue censé aboutir à un accord final dans un délai de soixante jours renouvelable.

Un départ provoqué par un message de Trump

Selon l’agence iranienne Irna, citée par plusieurs médias dimanche soir, la délégation a quitté les lieux après quatre-vingts minutes de discussions et une interruption survenue à la suite d’un message publié par Donald Trump sur son réseau Truth Social. Le président américain y aurait sommé Téhéran d’empêcher ses alliés libanais, en référence au Hezbollah, de poursuivre les hostilités, faute de quoi Washington reprendrait ses frappes contre l’Iran.

Le chef de la délégation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, par ailleurs président du Parlement iranien, a répondu sur X en appelant les Américains à « peser leurs mots », ajoutant que les forces armées iraniennes étaient prêtes à répliquer autrement. Un diplomate proche des négociations, cité sous couvert d’anonymat, a néanmoins précisé que la délégation iranienne restait engagée dans le processus et n’avait transmis aux médiateurs aucune intention formelle de quitter la table.

Ce geste de fermeté n’est pas isolé : selon la télévision d’État iranienne, la délégation de Téhéran avait déjà refusé, plus tôt dans la journée, de poser pour une photographie protocolaire avec les représentants américains. Le programme nucléaire iranien, sujet sensible entre les deux pays depuis des décennies, n’aurait quant à lui pas été abordé lors de cette première session.

Le Liban, enjeu central des discussions

Avant même l’incident, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, avait fait savoir que la situation au Liban constituerait le sujet principal des échanges de la journée. Téhéran reproche à Israël de continuer ses frappes contre le Hezbollah malgré une clause de l’accord-cadre prévoyant la cessation des hostilités sur tous les fronts. Des frappes israéliennes ont fait plusieurs dizaines de morts samedi dans le sud et l’est du Liban, avant une accalmie constatée en fin de journée.

En représailles à la poursuite des combats, l’Iran avait annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a pour sa part assuré que son armée resterait dans le sud du Liban aussi longtemps que nécessaire, tandis que le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a rejeté toute zone de sécurité israélienne sur le territoire libanais. Selon Baghaï, Téhéran souhaite également obtenir le dégel de six milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés par le Qatar, ainsi que des garanties sur ses exportations pétrolières.

Une médiation qatario-pakistanaise sous tension

Les pourparlers de Bürgenstock, ouverts dimanche après-midi dans cet hôtel surplombant le lac de Lucerne, se tiennent sous l’égide du Qatar et du Pakistan, quatre jours après la signature d’un protocole d’accord entre Téhéran et Washington. Le ministère qatari des Affaires étrangères a confirmé l’ouverture de ces travaux, qu’il espère voir déboucher sur un accord global couvrant l’ensemble des points du mémorandum signé mercredi.

La délégation américaine est dirigée par le vice-président JD Vance, arrivé dimanche matin sur la base aérienne d’Emmen, près de Lucerne. L’émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, se trouvaient quant à eux déjà sur place depuis samedi. Vance a indiqué à la presse qu’il ne pourrait rester qu’un jour ou deux en Suisse, tout en qualifiant ces discussions d’historiques.

Le ministère suisse des Affaires étrangères a confirmé que Berne continuerait d’offrir un cadre discret pour faciliter ces échanges, sans révéler l’identité précise des participants ni le contenu des discussions, pour des raisons de confidentialité.

Selon un diplomate cité par plusieurs agences, les pourparlers devraient reprendre dès le lendemain à Bürgenstock, dans un format qui doit s’étendre sur plusieurs jours.

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