Financement de l'EI : les États-Unis visent un réseau entre Lagos et la France

Le département du Trésor américain a annoncé, le 22 juin 2026, des sanctions visant trois individus et six entités accusés d’avoir contribué au financement de l’organisation État islamique. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC), bras sanctionnateur du Trésor, cible un dispositif reliant Nigeria, France, Syrie et Turquie.

Parmi les personnes désignées figure Mukhtar Adamu Muhammad, présenté par l’OFAC comme un facilitateur financier basé à Lagos pour la branche ouest-africaine du groupe, connue sous le sigle ISWAP. L’agence américaine affirme qu’il aurait dirigé trois bureaux de change nigérians ayant servi de relais pour acheminer des fonds au profit de cette mouvance.

Un Français visé pour des transactions en cryptomonnaie

Le second individu nommé, Miloud Abderrahmane, également identifié sous l’alias Ghazi Ibrahim, est de nationalité française. Selon l’OFAC, il aurait réalisé des opérations financières avec des éléments affiliés à l’EI en Syrie et aurait transmis des indications techniques sur la fabrication d’explosifs à des sympathisants du groupe. Le Trésor américain a précisé deux adresses de portefeuille sur la blockchain TRON qui lui seraient associées, une mention rare dans ce type de désignation, où les autorités ciblent généralement des plateformes d’échange plutôt que des adresses individuelles.

Le dispositif sanctionné inclut également un troisième homme, présenté par l’OFAC comme un ressortissant néerlandais opérant depuis la Syrie, accusé d’avoir piloté une société de transfert d’argent ayant fait transiter des fonds depuis plusieurs pays, dont Norvège, Belgique et Pays-Bas.

Six entreprises bloquées sur la liste noire américaine

Au-delà des trois individus, l’OFAC a inscrit six entreprises sur sa liste des ressortissants spécialement désignés (SDN), parmi lesquelles trois bureaux de change nigérians liés à Muhammad, basés à Lagos et Kano, ainsi que deux sociétés turques de transfert d’argent. Cette inscription entraîne le gel de leurs avoirs sous juridiction américaine et interdit à tout citoyen ou établissement financier américain de traiter avec elles.

Le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott, a indiqué que ces mesures visaient à couper « les lignes de financement qui permettent à l’EI de soutenir ses affiliés régionaux ». Le Trésor a rattaché cette opération à un partenariat antiterroriste renforcé avec Nigeria, rappelant que les forces nigérianes avaient participé, le 16 mai 2026, à une opération conjointe ayant abouti à la mort d’Abu-Bilal al-Minuki, identifié par les deux gouvernements comme le numéro deux mondial de l’organisation.

Les personnes et entités désignées voient leurs avoirs sous juridiction américaine immédiatement gelés. Toute banque étrangère traitant sciemment des fonds liés à ces cibles s’expose à son tour à des sanctions secondaires, susceptibles de lui faire perdre l’accès au système bancaire correspondant américain.

Laisser un commentaire