Patrick Bruel mis en examen : une trentaine de femmes, trente ans de silence brisé

Il était l’une des figures les plus populaires de la chanson française. Le 10 juin 2026, Patrick Bruel, 67 ans, a été mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, au terme de quarante-huit heures de garde à vue.

Sept ans d’enquête, une bombe éditoriale

La journaliste Marine Turchi, du service enquêtes de Mediapart, a recueilli pendant sept ans les témoignages de trente femmes accusant le chanteur. Le 18 mars 2026, Mediapart publie une première enquête dans laquelle huit femmes accusent Patrick Bruel de violences sexuelles commises entre 1992 et 2019. Parmi elles, Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance, qui dépose plainte pour tentative de viol et agression sexuelle lors du festival du Film français d’Acapulco, au Mexique, en novembre 1997. Selon ses déclarations, elle aurait été poussée dans la voiture du chanteur sur le parking d’un hôtel, puis conduite jusqu’à son bungalow lors de ce festival. Sa plainte avait été déposée dès le 12 mars 2026, six jours avant la publication de l’enquête.

L’enquête révèle également qu’une plainte avait été déposée en 2024 auprès du parquet de Saint-Malo pour un viol allégué en 2012, lors du festival du Film britannique de Dinard, dont Patrick Bruel présidait le jury cette année-là.

Un mode opératoire récurrent : chambre d’hôtel, milieu professionnel, isolement

La chambre d’hôtel de Patrick Bruel aurait fonctionné comme un espace de travail en apparence légitime — pour des interviews, des massages ou des conseils professionnels — transformé en huis clos. Dans le milieu artistique, une enquête de Franceinfo publiée début juin 2026 compile les témoignages de professionnels du secteur confirmant que la réputation du chanteur circulait depuis longtemps. Des femmes se transmettaient des mises en garde informelles. Des célébrités reconnaissent avoir entendu parler de son comportement.

Le 7 mai 2026, un second article de Marine Turchi dans Mediapart révèle quinze nouveaux témoignages, dont certains font état de suspicions de soumission chimique, entre 1991 et 2019, avec au moins une mineure parmi les victimes présumées.

Les plaignantes identifiées : de Flavie Flament à Ophélie Fajfer

Parmi les femmes qui ont brisé l’anonymat, plusieurs noms se distinguent. Le 15 mai 2026, l’animatrice Flavie Flament, qui avait d’abord témoigné sous pseudonyme dans Mediapart, annonce déposer plainte pour des faits de viol sous soumission chimique remontant à 1991, alors qu’elle était encore mineure.

Ophélie Fajfer avait 19 ans en 2015 lorsqu’elle avait rencontré Patrick Bruel sur le tournage d’un clip des Enfoirés. Compositrice, elle s’était ensuite rendue dans sa résidence de L’Isle-sur-la-Sorgue, en Provence, espérant obtenir des conseils professionnels. Sa plainte pour viol et agression sexuelle, déposée en 2021, avait été classée sans suite l’année suivante. Le parquet de Nanterre a rouvert ce dossier à la suite des révélations de Mediapart.

En Belgique, Karine Viseur, attachée de presse, accuse le chanteur d’agression sexuelle dans les locaux de la RTBF en 2010. Elle dépose plainte le 24 mars 2026, après avoir retiré une précédente plainte. Une autre attachée de presse belge, Marie, dénonce une tentative d’agression sexuelle en 2004. Une journaliste québécoise a effectué un signalement auprès de la police en 2017 pour des faits d’agression sexuelle.

Le 12 mai 2026, deux femmes dont les plaintes avaient été classées sans suite en 2020 déposent à nouveau plainte au tribunal de Nanterre avec constitution de partie civile : Julia, masseuse à Perpignan en 2019, et Anne, chanteuse, pour des faits remontant à 2010.

Des précédents classés, une justice rattrapée

En décembre 2020, le parquet de Nanterre avait classé sans suite plusieurs procédures pour infractions insuffisamment caractérisées. Faute de preuves matérielles suffisantes, la justice avait estimé ne pas pouvoir engager de poursuites.

La mise en examen et le contrôle judiciaire

Après quarante-huit heures de garde à vue, Patrick Bruel est mis en examen le 10 juin 2026 pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel portant sur quatre femmes. Il est placé sous contrôle judiciaire, la détention provisoire requise par le parquet lui étant refusée. Le chanteur devra verser 500 000 euros de caution, suivre des soins psychologiques et ne plus quitter le territoire français. Patrick Bruel conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Par la voix de son avocat, il a affirmé n’avoir jamais cherché à contraindre quiconque à un acte sexuel et n’avoir jamais outrepassé un refus.

Une carrière suspendue

Le 29 mai, le chanteur avait renoncé à sa tournée anniversaire Alors regarde 35, sous la pression du collectif Salon Féministe. La directrice artistique des Enfoirés avait par ailleurs annoncé qu’il ne participerait pas aux prochains spectacles au bénéfice des Restos du cœur. Marine Turchi estime que l’affaire ne fait que débuter. Patrick Bruel est présumé innocent. La procédure judiciaire est en cours.

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