Paul Biya visé par une plainte en France : Issa Tchiroma fait monter la pression sur Yaoundé

Deux plaintes pénales visant le président camerounais Paul Biya et une vingtaine de hauts responsables de son régime ont été déposées le 12 juin 2026 auprès du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris. L’initiative émane d’Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et candidat à la présidentielle d’octobre 2025, aujourd’hui en exil en Gambie, qui dénonce la répression des manifestations post-électorales au Cameroun.

Les plaintes, fondées sur le principe de compétence universelle, visent nommément Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, ainsi que Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, le ministre délégué à la Défense Joseph Beti Assomo, et plusieurs responsables de l’armée, de la gendarmerie et de la police. Issa Tchiroma Bakary leur impute des meurtres, des détentions arbitraires, des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires commis dans les semaines ayant suivi le scrutin du 12 octobre 2025, dont il conteste les résultats officiels.

Une procédure construite sur plusieurs mois

Selon un communiqué publié par Issa Tchiroma Bakary, la démarche judiciaire a été précédée d’une collecte de témoignages et de preuves menée avec le concours d’avocats camerounais et internationaux ainsi que de représentants de la société civile. La coordination juridique a été confiée à Me Alice Nkom, avocate inscrite au barreau du Cameroun et figure connue de la défense des droits humains dans le pays. Une seconde plainte cible spécifiquement le cas de l’opposant Anicet Ekané, détenu depuis le contexte post-électoral.

Le choix du tribunal judiciaire de Paris repose sur l’impossibilité alléguée de saisir la justice camerounaise. Me Calvin Job, avocat aux barreaux du Cameroun et de Paris, confirme que cette juridiction peut activer la compétence universelle sans exiger de lien territorial avec la France, tout en soulignant que ce type de procédure « prend souvent du temps ».

Yaoundé balaie la procédure, Paris pourrait instruire

Le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a réagi par la voix de son secrétaire général adjoint Grégoire Owona, qui a estimé que Tchiroma cherchait uniquement à « attirer l’attention ». Aucune autorité camerounaise directement mise en cause n’avait réagi publiquement au moment de la publication de cet article.

La saisine du parquet de Paris ne débouche pas automatiquement sur des poursuites. Le procureur dispose d’un délai pour décider d’ouvrir ou non une enquête préliminaire. Les avocats d’Issa Tchiroma Bakary ont annoncé leur intention de saisir d’autres mécanismes internationaux de protection des droits humains si la procédure parisienne n’aboutissait pas.

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