Le programme spatial russe Rassvet, conçu pour remplacer Starlink d’Elon Musk, vient d’enregistrer sa première défaillance technique. Selon le suivi orbital du site spécialisé RussianSpaceWeb, l’un des seize satellites lancés le 23 mars depuis le cosmodrome de Plesetsk se serait désintégré dans l’atmosphère autour du 6 juin 2026, soit moins de trois mois après son lancement. Contrairement aux quinze autres engins du même tir, il n’aurait pas réussi à atteindre son orbite opérationnelle et serait resté bloqué à son altitude d’insertion initiale.
Une constellation encore embryonnaire face à des ambitions élevées
Rassvet est développé par la société moscovite Bureau 1440, chargée par l’État russe de mettre en place une constellation nationale de haut débit. Le programme prévoit le déploiement d’environ 250 satellites d’ici 2027, puis près de 900 à l’horizon 2035, avec un financement public évalué à 1,26 milliard de dollars. L’écart avec Starlink reste abyssal : la constellation d’Elon Musk compte à ce jour plus de 10 500 satellites fonctionnels en orbite, dessert quelque 10,4 millions d’utilisateurs dans plus de 160 pays, et vise à terme 42 000 satellites — après avoir lancé ses premiers engins dès 2019. La perte de ce premier satellite russe souligne l’écart encore important entre l’état actuel du projet et les ambitions annoncées.
L’urgence d’une souveraineté satellitaire
L’incident intervient alors que la dépendance russe aux réseaux satellitaires étrangers s’est révélée publiquement problématique. En février 2026, SpaceX avait confirmé avoir mis fin à l’utilisation non autorisée de Starlink par les forces russes en Ukraine, à la suite d’une demande de Kiev. Des observateurs militaires russes rapportaient alors que près de 90 % de certaines unités se retrouvaient privées de connexion internet sur le front, contraignant Moscou à envisager un repli vers des moyens de communication plus anciens.
C’est précisément pour combler cette vulnérabilité que Rassvet a été conçu. En septembre 2025, le directeur de l’agence spatiale Roscosmos, Dmitri Bakanov, reconnaissait publiquement la nécessité de sortir l’institution de son « inertie » pour rivaliser avec SpaceX.
La prochaine étape du programme Rassvet n’a pas été officiellement annoncée par Bureau 1440 à la suite de cet incident. Le calendrier de déploiement des prochains satellites reste la variable déterminante pour évaluer si la Russie peut tenir ses objectifs de 2027.



