La vidéo a circulé pendant deux jours avant que les autorités ne réagissent. La thèse d’une diffusion coordonnée depuis deux continents soulève autant de questions qu’elle n’en résout. Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé, dans la soirée du vendredi 5 juin 2026, l’arrestation des individus identifiés dans une vidéo montrant l’agression d’une femme subsaharienne enceinte à Thyna, localité de la banlieue de Sfax. Les images, mises en circulation le 3 juin sur les réseaux sociaux tunisiens, montrent un adolescent dénudant de force la victime devant sa famille, sous la menace d’un couteau, tout en proférant des menaces de viol collectif.
Dans un communiqué, le ministère indique que des investigations ont été ouvertes en l’absence de toute plainte formelle. Les suspects ont été identifiés et interpellés par les services de sécurité. Le département précise que les premières conclusions de l’enquête établiraient que la vidéo ne documenterait pas un événement récent : les faits remonteraient à 2021, soit cinq ans avant leur diffusion. Les autorités affirment également que les images auraient été publiées simultanément depuis deux continents différents, sans préciser lesquels. « Les recherches se poursuivent afin de révéler toutes les circonstances de cette affaire ainsi que les raisons de la diffusion de cette vidéo à ce moment précis », indique le communiqué.
La société civile pointe le discours présidentiel
Avant même l’annonce des arrestations, un collectif d’organisations de la société civile, de partis politiques et d’associations avait publié le 4 juin un communiqué commun qualifiant les faits de « crime effroyable ». Les signataires établissent un lien direct entre cette agression et le discours prononcé le 21 février 2023 par le président Kaïs Saïed, dans lequel il avait qualifié la migration subsaharienne de menace démographique pour l’identité tunisienne. Ce discours avait déclenché une vague de violences contre des ressortissants d’Afrique subsaharienne, particulièrement à Sfax, où des centaines de migrants avaient été arrêtés puis abandonnés aux frontières libyenne et algérienne sans eau ni nourriture, selon des témoignages recueillis à l’époque par Human Rights Watch.
Le journaliste du média indépendant Nawaat, qui a authentifié la vidéo et localisé l’un des auteurs présumés, affirme avoir été menacé après la publication de son enquête sur Facebook.
Sfax, point de départ et de tensions
Thyna, où les faits auraient été commis, est une commune de la périphérie de Sfax, devenue l’un des principaux points de départ des traversées clandestines vers l’Italie. Selon le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), 31,4 % des migrants subsahariens interrogés en 2025 déclaraient avoir été témoins d’au moins une violence sexuelle commise contre une femme migrante dans le pays.
L’enquête du ministère de l’Intérieur est toujours en cours. Aucune date d’audience ni qualification judiciaire définitive n’a encore été communiquée pour les suspects arrêtés.


