Xénophobie en Afrique du Sud : Ruto appelle les leaders africains à développer leurs pays

Le président kényan William Ruto a appelé les dirigeants africains à créer des opportunités économiques dans leurs pays respectifs pour réduire les flux migratoires vers l’Afrique du Sud, lors de sa visite d’État à Pretoria les 3 et 4 juin 2026.

Reçu à l’Union Buildings par son homologue Cyril Ramaphosa, Ruto a abordé la question migratoire sous l’angle du développement inégal du continent, esquivant le débat sur la xénophobie pour pointer une réalité structurelle : « Une partie du défi auquel l’Afrique du Sud est confrontée tient au fait qu’il s’agit d’un pays bien plus développé. Il est donc plus facile pour certains de venir ici à la recherche de services et d’opportunités. La solution consiste à veiller à ce que des services et des opportunités existent partout sur notre continent », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse conjointe, ajoutant : « Il est impératif pour nous de créer des opportunités partout sur notre continent. »

Une vague anti-migrants en toile de fond

La visite intervient après plusieurs semaines de tensions. Depuis fin avril 2026, des groupes d’autodéfense — dont le mouvement « March and March », dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma, et Operation Dudula — organisent des marches anti-migrants dans les grandes villes du pays, avec des violences signalées à Johannesburg, Durban et Cape Town. Human Rights Watch a documenté des attaques contre des ressortissants africains et asiatiques, dénonçant une réponse insuffisante des forces de l’ordre. Le Kenya, le Malawi, le Lesotho et le Zimbabwe ont chacun émis des avis de vigilance à l’intention de leurs citoyens résidant en Afrique du Sud.

Ramaphosa a rejeté l’étiquette xénophobe lors de la cérémonie d’accueil, affirmant que « les Sud-Africains sont des Africains » et que la pression migratoire résultait de facteurs économiques partagés. Il a annoncé l’envoi d’émissaires vers des pays africains pour traiter collectivement la question.

Six accords signés malgré les tensions

La dimension économique de la visite a produit des résultats concrets. Les deux chefs d’État ont présidé à la signature de six mémorandums d’entente portant sur la facilitation du commerce, la coopération maritime, la formation professionnelle, l’égalité de genre, les arts et les sports. Les deux pays ont également salué le lancement des premières cargaisons commerciales dans le cadre de l’Initiative de commerce guidé de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Ruto, désigné en février 2024 champion de la réforme institutionnelle de l’Union africaine, a lié la question migratoire à cet agenda : des institutions continentales plus solides permettraient, selon lui, de mieux coordonner le développement et de réduire les tensions liées à la compétition pour les ressources. Les ministres du Commerce des deux pays ont été mandatés pour accélérer le démantèlement des barrières tarifaires et non tarifaires dans le cadre du 7e Comité conjoint de commerce.

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