Demain, le Bénin célèbre le 66e anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Plus de six décennies après la baisse du drapeau colonial, le « Quartier latin de l’Afrique » jette un regard lucide sur son itinéraire politique mouvementé, salue le travail accompli par ses présidents successifs, mais garde les yeux fixés sur l’immense chantier du développement. Au cœur de cette quête de liberté et de bien-être, une certitude demeure : rien ne se fera sans le peuple.
Le 1er août 1960, lorsque Hubert Maga proclame l’indépendance de la République du Dahomey — future République du Bénin —, le pays embrasse son destin avec enthousiasme. Les premières années sont pourtant marquées par une instabilité politique chronique. Entre 1960 et 1972, les coups d’État à répétition et les régimes d’exception se succèdent, faisant repère d’une jeune nation qui cherche encore ses marques.
L’arrivée au pouvoir de Mathieu Kérékou en 1972 marque une rupture majeure. Avec l’expérience marxiste-léniniste et la création de la République populaire du Bénin en 1975, le pays tente d’asseoir sa souveraineté économique et culturelle, avant de se heurter à une crise économique et sociale sans précédent à la fin des années 1980.
C’est dans ce contexte critique que le Bénin va inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire démocratique du continent. En février 1990, la Conférence des forces vives de la Nation invente un modèle de transition pacifique admiré dans le monde entier. Le retour au multipartisme consacre une culture de l’alternance au sommet de l’État : Nicéphore Soglo, le retour de Mathieu Kérékou, Boni Yayi, Patrice Talon et Romuald Wadagni. Chaque transition politique, souvent redoutée, a confirmé la maturité institutionnelle du pays.
L’effort des bâtisseurs, un fil conducteur républicain
Si l’histoire retenait souvent les crises, il serait injuste d’omettre les pierres apportées par chaque dirigeant à l’édifice national. Mathieu Kérékou aura été le grand unificateur, capable de préserver la paix civile et d’orchestrer le virage démocratique avec une hauteur de vue saluée par tous. Nicéphore Soglo a posé les jalons de la reconstruction économique et du réarmement des infrastructures fondamentales au sortir de la crise des années 1980. Boni Yayi a insufflé une dynamique sociale forte, multipliant les chantiers de désenclavement du territoire et renforçant la présence du Bénin sur la scène continentale.
Patrice Talon, à travers les vastes programmes d’action du gouvernement, s’est attelé à une modernisation profonde de l’État, à la rigueur de la gestion publique, à l’assainissement du cadre macroéconomique et à la transformation des villes béninoises. Ce chantier est aujourd’hui poursuivi par le président Romuald Wadagni qui apporte ses marques à la gouvernance. C’est d’ailleurs sa première célébration du 1er août en qualité de président de la République. Chaque époque a eu ses exigences ; chaque Exécutif a laissé une empreinte contribuant à renforcer la souveraineté et l’attractivité du pays.
Les défis de l’indépendance réelle : cap sur la souveraineté économique
Soixante-six ans après la rupture avec la tutelle coloniale, la souveraineté ne se mesure plus seulement à l’hymne national ou aux défilés militaires. Elle se joue désormais sur le terrain économique, social et stratégique. Pour transformer l’indépendance politique en prospérité partagée, le Bénin fait face à plusieurs chantiers prioritaires l’emploi des jeunes, l’industrialisation et l’agriculture, la sécurité et la cohésion sociale, l’autosuffisance énergétique et alimentaire.
Dans un pays où la population est très jeune, la création d’opportunités durables à travers l’entrepreneuriat, le numérique et la formation professionnelle qualifiante reste le défi majeur. Il s’agit de transformer localement le coton, l’anacarde ou le soja pour capter la valeur ajoutée sur le territoire national plutôt que d’exporter les matières premières brutes. Cela contribue à produire ce que nous consommons et sécuriser nos ressources pour ne plus dépendre des aléas des marchés mondiaux. Face aux menaces sécuritaires dans les zones frontalières du Nord, la préservation de l’intégrité territoriale exige un effort soutenu de défense et de développement communautaire.
Le peuple béninois, moteur et artisan de la prospérité
Au-delà des réformes institutionnelles et des grands travaux, la véritable force du Bénin réside dans sa population. Des paysans du Borgou aux commerçantes du marché Dantokpa, des artisans d’Abomey aux jeunes innovateurs de Cotonou, c’est le travail quotidien de millions de femmes et d’hommes qui fait vibrer le cœur de la nation.
La démocratie béninoise n’a pas tenu par miracle, mais parce que le peuple s’est toujours érigé en garant de la paix. Cette maturité citoyenne constitue le capital le plus précieux du pays. Pour que le développement soit réel, il doit s’appuyer sur une justice sociale renforcée, une redistribution équitable des fruits de la croissance et un accès universel aux services de base (eau, électricité, santé, éducation).
Alors que retentira demain L’Aube Nouvelle, le Bénin peut mesurer le chemin parcouru avec fierté. La souveraineté n’est pas une destination figée, mais un combat permanent. En unissant l’ambition des dirigeants et la détermination des citoyens, le pays dispose de toutes les cartes en main pour écrire les plus belles pages de son histoire.
