Un inventaire chiffré du sous-sol sahélien a été dévoilé le lundi 14 septembre à Ouagadougou : le Niger concentrerait à lui seul plus d’un tiers des gisements d’uranium recensés sur le continent africain. Ces chiffres ont émergé lors des travaux de la 8ᵉ Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), organisée pour la première fois avec la Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES (SEMH-AES).
Cette rencontre s’ajoute à une série de réformes engagées depuis plusieurs années par les trois pays pour renforcer la participation de l’État dans le secteur minier et revoir les conditions d’exploitation des ressources naturelles. Depuis 2023, les trois capitales de l’Alliance des États du Sahel revoient une à une leur législation minière pour capter une part plus large des recettes tirées de leur sous-sol. Le Mali a ouvert la marche avec un code portant à 30 % la participation publique dans les nouveaux projets, une règle qui a directement dicté la répartition du capital du gisement de lithium de Goulamina. Le Burkina Faso a emboîté le pas en juillet 2024 en relevant de 10 à 15 % la part gratuite de l’État dans les sociétés d’exploitation. Le Niger, de son côté, a repris en décembre 2024 le contrôle opérationnel des mines exploitées par le français Orano. C’est dans ce cadre que l’inventaire présenté à Ouagadougou prend tout son sens, alors que la demande mondiale de minerais critiques s’envole : selon l’Agence internationale de l’énergie, les besoins planétaires en lithium pourraient quasiment quadrupler d’ici 2030 avec l’essor des batteries électriques.
Or et lithium concentrent l’essentiel des richesses extraites
Selon les données livrées par le directeur national de la Géologie et des Mines du Mali, Issa Coulibaly, le Mali et le Burkina Faso produiraient chacun entre 50 et 65 tonnes d’or par an au niveau industriel. Le lithium n’est pas en reste : les sites de Goulamina et de Bougouni renfermeraient à eux deux plus de 200 millions de tonnes de minerai, pour un objectif de production de 500 000 tonnes de concentré annuel. La région de Kayes, au Mali, abriterait par ailleurs plus de deux milliards de tonnes de bauxite, un minerai dont le pays n’exploite pour l’instant qu’une fraction minime du potentiel.
Manganèse, fer et phosphates viennent compléter le tableau
D’autres gisements moins médiatisés ont été mis en avant : environ 15 millions de tonnes de manganèse dorment à Tambao, dans le nord burkinabè, contre 10 millions à Ansongo-Takabote, côté malien. Le fer se compterait en centaines de millions de tonnes, notamment à Say-Diabou (Mali) et à Kola (Niger), tandis que les phosphates culmineraient au-delà du milliard de tonnes dans le parc nigérien du W-Tapoa. « Les ressources ne peuvent nous appartenir que si nous les valorisons », a plaidé Issa Coulibaly, invitant les trois pays à muscler leur capacité de transformation sur place plutôt que d’exporter la matière brute.
Le pétrole et l’énergie solaire, deux leviers encore peu exploités
Le potentiel énergétique de l’AES reste largement sous-utilisé : le chercheur Abdoulaye Compaoré a chiffré le gisement solaire exploitable à 95,9 GW, quand seulement 34 % des Burkinabè et 21 % des Nigériens ont accès à l’électricité. Sur le plan pétrolier, le Niger — qui alimente les centrales nucléaires françaises depuis le démarrage de la mine de Somaïr en 1971 — compte 45 blocs disponibles, dont 35 encore ouverts à l’exploration, pour une extraction quotidienne de 110 000 barils. Le ministre burkinabè Yacouba Zabré Gouba a résumé l’ambition politique du rendez-vous : « nos ressources ne doivent plus être une malédiction, mais le carburant de notre émergence ». Les travaux de la SAMAO et de la SEMH-AES se poursuivent jusqu’au 19 septembre.



