Après l'alerte sénégalaise sur les sachets d'eau, la vigilance régionale s'impose-t-elle ?

Une eau vendue à même les trottoirs de Dakar échappe à tout contrôle depuis des mois, selon plusieurs constats officiels. Le ministère de l’Industrie et du Commerce, dirigé par Serigne Guèye Diop, a alerté le 6 juillet sur la prolifération de sachets d’eau et de boissons fabriqués clandestinement dans les marchés et circuits informels du pays. Des contrôles renforcés sont annoncés sur l’ensemble du territoire national.

Une étude universitaire qui précède l’alerte ministérielle

Le signal n’est pas isolé. Lors de la 5ᵉ Journée scientifique sur la sécurité sanitaire des aliments, organisée à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, des chercheurs ont présenté des résultats selon lesquels 82 % des échantillons de sachets d’eau analysés seraient impropres à la consommation. Cette même présentation évoquait des résidus de pesticides dans 72 % des sols consacrés à la culture du piment dans la zone des Niayes, ainsi que des manquements d’hygiène dans le traitement des épices.

Ces constats scientifiques rejoignent les observations des forces de l’ordre. Le 11 mai, la Brigade de Recherches de Dakar a démantelé une douzaine d’unités clandestines de fabrication d’eau en sachet à Pikine, Thiaroye et Yeumbeul, où les enquêteurs ont relevé de fausses autorisations de mise en vente et des déplacements volontaires de sites pour échapper aux contrôles sanitaires. Un mois plus tôt, le 12 avril, une unité similaire avait été découverte à Keur Massar, dans des locaux jugés insalubres et dépourvus d’agrément administratif.

Les risques sanitaires détaillés par les autorités

Le ministère de l’Industrie et du Commerce recense plusieurs dangers associés à ces produits : contamination microbienne par bactéries, parasites ou virus, conditions d’emballage et de stockage défaillantes, usage d’eau non traitée et absence de traçabilité sur l’origine ou la date de fabrication. « La consommation de ces sachets d’eau et de boissons peut provoquer des troubles digestifs sévères, des toxi-infections alimentaires et diverses maladies hydriques telles que les diarrhées aiguës, la typhoïde ou le choléra« , précise le ministère, en ciblant particulièrement les enfants, les personnes âgées et les populations vulnérables.

Les autorités recommandent aux consommateurs de privilégier des produits scellés et étiquetés, munis d’un numéro de lot, d’une date de péremption et d’une autorisation de mise sur le marché lorsque celle-ci est exigée.

Un mécanisme régional déjà activé, mais circonscrit

L’ampleur du phénomène au Sénégal pourrait interroger la vigilance de ses voisins, sans qu’aucune donnée comparable n’ait pour l’heure été publiée pour les autres pays de la région. Un mécanisme de riposte existe pourtant déjà : en avril, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso s’étaient réunis à Dakar pour activer un dispositif régional de traque en temps réel des aliments impropres à la consommation. Ce mécanisme reste toutefois centré sur l’échange d’alertes entre les trois pays, sans qu’un programme d’échantillonnage transfrontalier n’ait été annoncé à ce jour.

L’Organisation mondiale de la santé estime que 91 millions de personnes seraient touchées chaque année en Afrique par des maladies d’origine alimentaire, provoquant 137 000 décès. Ce chiffre, antérieur à l’étude sénégalaise, ne mesure pas spécifiquement la situation des sachets d’eau dans les pays voisins, mais situe l’enjeu sanitaire à une échelle continentale.

Le ministère de l’Industrie et du Commerce a annoncé le déploiement d’inspections sur les sites de production, marchés, dépôts et circuits informels de distribution à travers tout le Sénégal, dans le cadre de l’opération Alerte Hygie conduite par le Service d’hygiène.

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