Des sabres, des objets royaux et des manuscrits ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré font partie des pièces réclamées par Conakry à Paris. La Guinée a engagé une procédure diplomatique pour récupérer ce patrimoine, dont une partie est aujourd’hui conservée au Musée de l’Armée, aux Invalides.
Une démarche fondée sur l’identification préalable des objets
Le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a indiqué privilégier « une diplomatie culturelle, dans le respect mutuel » plutôt qu’un rapport de force. D’après lui, un nombre important de pièces guinéennes resteraient encore dispersées et non répertoriées dans des collections étrangères, ce qui impliquerait un travail de recherche approfondi avant toute restitution effective. Une mission conduite récemment en France a permis à des représentants guinéens d’inspecter certaines de ces pièces sur place.
Le Bénin, précédent le plus avancé sur le continent
Avant la Guinée, le Bénin avait ouvert cette voie diplomatique dès 2016, sous l’impulsion du président Patrice Talon, à propos d’objets pris par l’armée française lors de la prise du palais royal d’Abomey en 1892. Après un refus initial du gouvernement français, un premier lot de 26 œuvres avait rejoint Cotonou en 2021.
Ce dossier connaît un nouveau développement : un comité scientifique national, dirigé par Alain Godonou, vient d’être constitué à Cotonou pour appuyer une demande élargie à 35 pièces et archives supplémentaires. Le ministre béninois de la Culture, Yassine Latoundji, présente ce travail comme relevant, selon ses mots, d’une « œuvre de justice, de mémoire et de souveraineté ».
D’autres pays africains sur la même ligne
Le Sénégal réclame de son côté les biens du trésor de Ségou, tandis que l’Algérie demande la restitution des effets personnels d’Abd El Kader. Une requête mexicaine porte quant à elle sur deux manuscrits aztèques conservés en France. Un texte de loi facilitant le traitement de ces demandes serait actuellement en discussion au Sénat français. Sur le plan historique, la prise de Ségou par les forces coloniales aurait entraîné la saisie de 143 manuscrits, en plus d’armes et d’objets royaux, selon des travaux de recherche consacrés à cette période.
La France n’a ratifié la convention de l’Unesco encadrant la restitution des biens culturels qu’en 1997, soit plusieurs décennies après la fin de la période coloniale en Afrique de l’Ouest. Ce décalage limiterait, selon des juristes spécialisés, la portée juridique rétroactive de ce texte sur les spoliations commises avant cette date — ce qui expliquerait le recours fréquent, jusqu’ici, à des prêts renouvelables plutôt qu’à des cessions définitives.


