Arnaque Qnet : comment 33 Béninois se sont retrouvés bloqués au Ghana

Trente-trois Béninois vivaient entassés dans un logement unique à Accra, sans accès suffisant à la nourriture, avant leur libération d’un réseau lié à Qnet. Les services d’immigration ghanéens ont conduit l’intervention conjointement avec l’Association des étudiants et stagiaires béninois du Ghana, selon les informations recueillies par Le Télégramme.

Une longue série d’opérations similaires au Ghana

Ce cas s’ajoute à plusieurs précédents. En octobre 2025, la police ghanéenne avait déjà secouru 110 étrangers, dont des Camerounais et des Ivoiriens, d’une escroquerie similaire près d’Accra, à l’issue de plusieurs semaines de surveillance. Un mois plus tard, en novembre 2025, l’organe anti-fraude EOCO avait arrêté 25 suspects et libéré 295 victimes dans une autre opération liée au même réseau. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, avait par ailleurs annoncé le rapatriement de 400 Ghanéens trafiqués vers la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Bénin et le Togo, avec plus de 500 personnes encore bloquées en Côte d’Ivoire à cette date.

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Un recrutement passant par l’entourage proche

Les 33 victimes béninoises n’ont pas été approchées par des inconnus. Des amis, des membres de la famille ou d’anciens camarades d’école les auraient poussées à partir pour le Ghana, sous les directives des chefs du réseau. La promesse : un emploi rapide et bien rémunéré, à condition de verser une somme d’argent avant le départ.

Un jeune diplômé béninois, titulaire d’une licence obtenue au Maroc, figure parmi les personnes secourues. Une ancienne camarade de promotion lui aurait assuré qu’un poste l’attendait à Accra. Il aurait renoncé à ses propres projets pour tenter sa chance, avant de comprendre, une fois sur place, qu’il s’agissait d’une escroquerie.

Documents confisqués et un seul rapatriement accepté

Arrivées sur place, les victimes auraient été dépouillées de leurs économies et, pour certaines, de leurs documents de voyage. Le système imposerait ensuite une logique de recrutement en chaîne : pour quitter le réseau, il faudrait, selon les propos rapportés par la secrétaire générale de l’Association des étudiants et stagiaires béninois du Ghana, Faouziath Adéboukola, « emmener quelqu’un pour prendre ta place ou tes parents paient de l’argent« . Malgré ces conditions, une seule personne aurait accepté un retour immédiat au Bénin. Le diplômé cité plus haut aurait ainsi déclaré vouloir repartir, mais « pas maintenant, à la fin de l’année ».

Au Bénin, la lutte contre ces réseaux remonte à 2018. La première opération majeure avait eu lieu le 6 février de cette année-là à Abomey-Calavi, avec 187 personnes interpellées en une seule journée et plus de 20 millions de francs CFA saisis. Depuis, la Brigade économique et financière a mené 70 opérations sur le territoire national, aboutissant à 1 386 interpellations et plus de 400 mandats de dépôt, selon un bilan communiqué par la Police républicaine. Des arrestations liées à ces réseaux ont également eu lieu au Togo, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, où 83 ressortissants béninois avaient été interpellés fin décembre 2024 par la brigade de recherche de Ouagadougou. L’entreprise Qnet a systématiquement nié toute responsabilité dans ces affaires, attribuant les faits à des distributeurs indépendants agissant sans mandat officiel.

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