Un haut responsable russe hausse le ton après l’ultimatum lancé par Kiev à Minsk. Le vice-président du Conseil de la Fédération de Russie, Konstantin Kosachev, a affirmé ce 1er juillet, dans une interview accordée à l’agence TASS, que les menaces du président ukrainien Volodymyr Zelensky contre la Biélorussie devaient être prises au sérieux, décrivant son l’ukrainien comme « irrationnel et imprévisible ».
Un ultimatum resté sans réponse officielle de Loukachenko
L’avertissement de Moscou intervient deux semaines après que Zelensky a sommé les autorités biélorusses de démanteler, sous sept jours, quatre antennes-relais installées près de la frontière ukrainienne. Kiev accusait ces infrastructures de servir à guider les drones russes vers des cibles civiles, notamment des sites énergétiques et ferroviaires. Le chef d’État ukrainien avait prévenu que l’armée ukrainienne interviendrait elle-même si Minsk ne s’exécutait pas. Cette mise en demeure avait également visé les raffineries pétrolières et les sites de production d’équipements militaires biélorusses, jugés utiles à l’effort de guerre russe.
Le président biélorusse Alexandre Loukachenko n’a formulé aucune réaction officielle à ce délai. Zelensky a néanmoins annoncé que les antennes concernées avaient cessé de fonctionner, sans confirmer si ce changement résultait d’un démontage ou d’une simple désactivation.
Kosachev dénonce une soif de pouvoir
Dans son intervention à TASS, Kosachev a estimé que Zelensky entretiendrait l’illusion selon laquelle la Biélorussie constituerait une cible facile, en raison de sa taille et de sa proximité frontalière avec l’Ukraine. « Pour appeler les choses un chat », a-t-il ajouté, le dirigeant ukrainien serait « un homme obsédé de façon maniaque par une soif de pouvoir », prêt selon lui à recourir à tous les moyens pour se maintenir au pouvoir, y compris une agression contre la Biélorussie destinée à entraîner Minsk dans le conflit.
Cette sortie fait écho à celle du porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, qui avait dénoncé mi-juin des « menaces agressives » violant la souveraineté biélorusse, ainsi qu’à celle du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, pour qui l’objectif de Kiev consisterait à impliquer directement la Biélorussie dans la guerre.
Une doctrine nucléaire russe en toile de fond
Le président de la commission des affaires internationales de la Douma, Leonid Slutsky, avait pour sa part invité Zelensky à consulter la doctrine nucléaire russe actualisée, qui inclurait explicitement la Biélorussie parmi les garanties de sécurité couvertes par Moscou. Cette doctrine, révisée fin 2024, prévoit que toute agression contre la Biélorussie, État membre de l’Union avec la Russie depuis 1999, pourrait être traitée comme une attaque contre le territoire russe lui-même, ouvrant la voie à une riposte incluant l’arme nucléaire.
Côté biélorusse, le vice-président de la chambre basse du Parlement, Oleg Gaidukevich, avait également accusé Zelensky de vouloir entraîner son pays et l’ensemble de l’Europe dans le conflit, jugeant que ces menaces ne mèneraient à rien de constructif.
Une escalade verbale sans confirmation militaire
Aucune source indépendante n’a confirmé à ce stade l’existence d’une préparation militaire ukrainienne contre la Biélorussie. La publication ukrainienne Strana.ua avait évoqué deux hypothèses concurrentes : soit Zelensky chercherait uniquement à provoquer une réaction de Loukachenko sans passer à l’acte, soit il envisagerait un scénario visant à déstabiliser la situation politique biélorusse.
Minsk n’a pas annoncé de mesures de rétorsion à ce jour. La prochaine étape attendue reste une éventuelle prise de parole officielle d’Alexandre Loukachenko, qui ne s’est pas exprimé publiquement depuis l’expiration du délai fixé par Kiev.
