L’Iran et les Émirats arabes unis se sont frappés militairement depuis fin février 2026, plaçant deux membres du même bloc des BRICS dans une confrontation directe. Le groupe, fondé en 2009 par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, s’est élargi depuis 2024 à six nouveaux pays, dont l’Iran et les Émirats arabes unis, sans que cette expansion n’ait résolu les rivalités régionales que ces nouveaux membres importent désormais au sein même de l’organisation.
Un conflit direct entre deux membres du même bloc
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de frappes coordonnées contre des sites militaires, nucléaires et des infrastructures iraniennes. En représailles, Téhéran a mené des centaines d’attaques de missiles balistiques, de croisière et de drones contre les Émirats arabes unis, où se trouvent des bases américaines. Selon les autorités émiraties, environ 3 000 attaques ont été interceptées depuis le début du conflit. Des zones résidentielles ont été touchées, tout comme des réseaux énergétiques, des usines de dessalement, des ports et des sites pétroliers, sans épargner les aéroports civils. Le bilan humain rapporté fait état d’au moins 13 morts et de plus de 220 blessés. Une frappe de drone près de la centrale nucléaire de Barakah, dans la région d’Al-Dhafra, a suscité une vive préoccupation de l’agence des Nations unies chargée du nucléaire.
Une enquête du Wall Street Journal a par la suite révélé que les Émirats arabes unis avaient eux-mêmes mené des dizaines de frappes secrètes contre l’Iran pendant la guerre et après le cessez-le-feu d’avril, avec l’appui du renseignement américain et israélien. Le complexe pétrochimique d’Assalouyeh, la ville portuaire de Bandar Abbas ainsi que les îles de Qeshm, d’Abou Moussa et de Lavan auraient notamment été visés. Cela ferait d’Abou Dhabi le seul pays, aux côtés de Washington et Tel-Aviv, à avoir frappé militairement Téhéran durant ce conflit. Sollicité par le quotidien américain, le ministère émirati des Affaires étrangères a refusé de commenter, se contentant de rappeler son droit de réponse aux attaques iraniennes.
Un sommet sans déclaration commune
Cette confrontation a fini par paralyser la diplomatie du bloc. Une première réunion des vice-ministres des Affaires étrangères des BRICS, organisée à New Delhi en avril, s’était déjà achevée sans déclaration commune, l’Iran et les Émirats arabes unis s’opposant frontalement sur la manière de qualifier la guerre. Puis, les 14 et 15 mai, la réunion des ministres des Affaires étrangères du bloc, toujours à New Delhi, a de nouveau échoué à produire un texte consensuel. La présidence indienne s’est limitée à une déclaration évoquant des vues divergentes parmi certains membres sur la situation au Moyen-Orient.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, avait demandé au bloc de condamner les violations du droit international commises par les États-Unis et Israël. Sans nommer directement les Émirats arabes unis, il a affirmé qu’un membre du groupe avait bloqué une partie du texte porté par l’Inde, avant de préciser que ce pays n’avait pas été notre cible dans cette guerre. Selon la presse spécialisée, les désaccords les plus vifs opposaient précisément l’Iran et les Émirats arabes unis, situés sur des positions opposées du conflit régional. La Chine, de son côté, a maintenu une position officiellement neutre, se faisant représenter par son ambassadeur en Inde plutôt que par son ministre des Affaires étrangères, une absence attribuée à la visite d’État de Donald Trump à Pékin la même semaine.
L’Inde, prise entre soutien discret à Israël et méfiance envers l’Iran
La position de New Delhi illustre la difficulté du bloc à dégager une ligne commune. Sans jamais accuser directement l’Iran, l’Inde a multiplié les signaux d’un rapprochement avec Israël : le Premier ministre Narendra Modi a effectué une visite d’État à Tel-Aviv fin février, quelques jours avant le déclenchement des frappes américano-israéliennes, consacrée aux importations d’armements et à la coopération antiterroriste. New Delhi a par ailleurs élevé ses relations avec Israël au rang de partenariat stratégique spécial. Modi a également condamné les frappes iraniennes visant les Émirats arabes unis, dès le 1er mars, avant de renouveler cette condamnation lors d’un déplacement à Abou Dhabi.
L’Inde subit en parallèle les conséquences économiques directes du conflit : troisième importateur mondial de pétrole, elle a vu ses approvisionnements menacés par le blocage du détroit d’Ormuz, imposé par Téhéran en rétorsion aux frappes américano-israéliennes, puis complété par un blocus naval américain à partir du 13 avril. Le 18 avril, des vedettes iraniennes ont ouvert le feu sur des navires battant pavillon indien dans le détroit, poussant New Delhi à convoquer l’ambassadeur iranien pour une protestation formelle. Le pays compte plusieurs millions de travailleurs dans la région du Golfe, également exposés par l’escalade.
Le facteur pakistanais, autre irritant pour New Delhi
Un autre élément nourrit la méfiance indienne à l’égard de Téhéran : le rôle diplomatique croissant joué par le Pakistan dans la crise. Islamabad a organisé des pourparlers indirects entre Washington et Téhéran, servant d’intermédiaire alors que les canaux formels entre les deux capitales restaient fermés — un épisode que plusieurs commentateurs ont qualifié, de façon informelle, d' »accord d’Islamabad », sans qu’il s’agisse d’un texte officiellement signé. Cette médiation a été perçue à New Delhi comme un camouflet symbolique, dans un contexte de rivalité stratégique historique avec son voisin.
L’Iran partage une frontière de 900 kilomètres avec le Pakistan et entretient avec lui des liens culturels et religieux anciens, renforcés par une importante communauté chiite pakistanaise, la plus nombreuse hors d’Iran. Des responsables indiens redoutent qu’un Iran affaibli, ou un changement de régime à Téhéran, ne profite in fine à Islamabad, en resserrant l’axe stratégique entre le Pakistan et la Chine, rival régional de l’Inde. Le ministre iranien des Affaires étrangères s’est d’ailleurs entretenu par téléphone avec son homologue pakistanais en avril 2025, appelant les deux voisins sud-asiatiques à la retenue et la patience, dans un contexte de vives tensions entre New Delhi et Islamabad après un attentat meurtrier au Cachemire.
Un précédent qui contraste avec la réactivité de 2025
Le bloc compte aujourd’hui onze membres, après l’entrée de l’Iran, de l’Égypte, de l’Éthiopie, des Émirats arabes unis et de l’Indonésie depuis 2024. Cette situation tranche avec la réactivité affichée en juin 2025, lorsqu’une précédente guerre israélo-iranienne de douze jours avait vu le groupe, alors présidé par le Brésil, qualifier rapidement les frappes américano-israéliennes de violation du droit international. Un sommet des chefs d’État des BRICS est prévu en septembre 2026 en Inde, où la question de savoir si le bloc parviendra à afficher une position plus unifiée reste posée.



