Le Venezuela a notifié le 24 juillet à l’ONU son retrait « ferme et irrévocable » de la Cour pénale internationale. Le ministre des Affaires étrangères Félix Plasencia a annoncé la décision sur X, sur instruction de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, en invoquant l’article 127 du Statut de Rome.
Le pays devient ainsi le quatrième État à engager cette procédure en moins d’un an, après le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les trois pays sahéliens avaient annoncé leur intention de quitter la Cour dès septembre 2025, avant de déposer leurs notifications formelles en juin 2026 — le Niger le 18 juin, suivi du Mali et du Burkina Faso le 24.
Un même reproche de biais géographique
Caracas justifie sa décision en accusant la Cour, basée à La Haye, d’un « parti pris géographique avéré » qui ciblerait de manière disproportionnée les pays d’Afrique et d’Amérique latine, selon Plasencia. L’argumentation rejoint celle utilisée par l’AES, qui qualifiait la Cour d' »instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme« , selon un communiqué conjoint publié par le président malien Assimi Goïta.
La Cour enquête depuis 2018 sur d’éventuels crimes contre l’humanité commis au Venezuela lors de la répression des manifestations de 2017, sous la présidence de Nicolás Maduro. L’ex-chef d’État, capturé par les forces américaines le 3 janvier 2026, reste détenu sur le sol américain dans l’attente d’un procès pour narcotrafic prévu en juin 2027.
Sur le plan juridique, aucun de ces retraits n’est immédiat. L’article 127 du Statut de Rome prévoit un délai d’un an entre la notification et sa prise d’effet : celle du Venezuela ne sera donc effective qu’à l’été 2027, tandis que les retraits sahéliens entreront en vigueur en juin 2027. D’ici là, les quatre pays demeurent officiellement parties au traité et restent tenus de coopérer aux procédures en cours.
Washington salue et appelle à un démantèlement
Le département d’État américain, dirigé par Marco Rubio, a salué « avec satisfaction » la décision vénézuélienne, qualifiant la Cour d’institution « corrompue et sans valeur« . Washington a profité de l’annonce pour appeler l’ensemble des 125 États membres à suivre cet exemple et à quitter le Statut de Rome.
Cette offensive verbale s’accompagne d’une pression juridique sur les magistrats. Trois juges en exercice — la Canadienne Kimberly Prost, l’Ougandaise Solomy Balungi Bossa et la Béninoise Reine Alapini-Gansou — ont saisi un tribunal fédéral de New York pour contester les sanctions américaines qui les visent personnellement depuis un décret signé par Donald Trump en février 2025. Ces mesures prévoient un gel de leurs avoirs et des restrictions de voyage, en représailles aux mandats d’arrêt émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et à l’enquête sur des soldats américains en Afghanistan. Le gouvernement américain dispose de 60 jours pour répondre à cette procédure.
Une contestation qui dépasse le Sud global
Les critiques portées par le Venezuela et l’AES sur un tribunal biaisé contre le Sud global rejoignent, sur le fond, les positions défendues depuis plusieurs années par les États-Unis contre la même institution, sans que Washington en ait jamais été membre. Les États-Unis n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, signé sous l’administration Clinton puis retiré sous George W. Bush en 2002.
La Cour a réagi avec mesure aux annonces de Caracas et de l’AES, se disant préoccupée par ces départs tout en rappelant que l’adhésion ou le retrait d’un traité relève du droit souverain de chaque État.
