Une hausse des prix alimentaires guette l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Amérique latine si les attaques russes contre les navires civils se poursuivent en mer Noire. C’est l’avertissement lancé ce 24 juillet par le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, sur le réseau social X.
Un appel à la mobilisation internationale
Selon le chef de la diplomatie ukrainienne, l’escalade de la terreur russe contre les navires de fret civils représente un risque sérieux pour la sécurité alimentaire mondiale. Il a exhorté les pays des régions concernées à faire entendre leur voix face à Vladimir Poutine pour exiger un arrêt immédiat des attaques contre la liberté de navigation. Sybiha a établi un parallèle avec un autre théâtre de tension : la Russie ferait subir à la mer Noire ce que l’Iran a infligé au détroit d’Ormuz, cette fois en ciblant la sécurité alimentaire plutôt qu’énergétique.
Cette déclaration intervient après plusieurs semaines de frappes répétées visant les infrastructures portuaires et le trafic marchand. Un vraquier turc a été touché par trois missiles de croisière le 19 juillet, causant la mort de six marins. Quelques jours plus tard, le pétrolier Golden Leo, battant pavillon de Guinée-Bissau, a lui aussi été frappé, faisant dix morts dont quatre ressortissants indiens — un incident qui a poussé New Delhi à convoquer un diplomate russe. Les 22 et 23 juillet, aucun navire n’aurait transité par le corridor maritime ukrainien, signe d’une paralysie de la logistique céréalière.
Des exportations déjà fortement réduites
D’après le principal syndicat agricole ukrainien, le pays aurait perdu environ un tiers de sa capacité d’exportation via ses ports stratégiques de la région d’Odessa, où transitent plus de 90 % des volumes agricoles nationaux. Les expéditions mensuelles seraient ainsi tombées d’environ 6 à 4 millions de tonnes de marchandises. La Russie et l’Ukraine fournissent conjointement près d’un tiers des exportations mondiales de blé, une part qui expose les marchés internationaux à un choc simultané si les deux flux venaient à se réduire davantage.
Cette dépendance touche particulièrement les pays les plus pauvres : selon un rapport du Centre d’études stratégiques de la Marine française, 27 pays dépendent des exportations ukrainiennes et russes pour 50 à 100 % de leur consommation de céréales, dont plusieurs États d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient disposant de très faibles capacités de stockage. En 2022, un précédent blocage des ports de la mer Noire par la Russie avait déjà provoqué une chute de plus de 90 % des exportations de blé ukrainien sur plusieurs mois, avant la mise en place de l’initiative céréalière de la mer Noire, à laquelle Moscou avait finalement mis fin en juillet 2023.
Des marchés déjà sous tension
Cette instabilité a directement affecté les marchés céréaliers. À Chicago, les contrats à terme sur le blé auraient atteint 6,95 dollars le boisseau, leur niveau le plus élevé depuis deux ans. À Paris, le prix du blé destiné à l’alimentation aurait également atteint un sommet inédit depuis 17 mois. Cette flambée s’ajouterait aux tensions déjà provoquées par le conflit entre les États-Unis et l’Iran, qui pèse sur les coûts du carburant, des engrais et du transport maritime à l’échelle mondiale.



