Bassirou Diomaye Faye a établi une distinction nette entre opposition et exercice du pouvoir, samedi, lors du lancement officiel du parti de la majorité présidentielle à Dakar. « Quand on est opposant, on n’est responsable de rien. Mais lorsqu’on exerce le pouvoir, on est responsable de tout », a déclaré le chef de l’État sénégalais devant les cadres de sa coalition.
Une phrase qui vise sans nommer
La formule intervient dans un climat de tensions persistantes entre la présidence et Ousmane Sonko, Premier ministre et chef du parti au pouvoir, le Pastef. Sans jamais citer son nom, le président a opposé deux postures : celle de l’opposant qui critique sans jamais rendre de comptes, et celle du dirigeant qui doit assumer chaque décision. Cette distinction fait écho aux critiques répétées, ces derniers mois, sur le partage du pouvoir entre les deux têtes de l’exécutif sénégalais, un attelage souvent qualifié de fragile par les observateurs locaux.
Le président a présenté cette nouvelle formation politique comme « une maison commune », destinée à fédérer les forces ayant porté son élection en 2024. Il a précisé que la répartition des rôles interviendrait plus tard, affirmant que « les titres viendront plus tard, les fonctions aussi » — une manière d’apaiser les rivalités internes sans les trancher publiquement.
Le symbole du « Diombo »
Pour montrer sa conception de l’engagement politique, Diomaye Faye a puisé dans son enfance rurale. Il a évoqué le « Diombo« , une plante qui imite l’apparence du mil durant sa croissance mais qui, à la récolte, ne produit aucun grain — une image agricole visant, selon plusieurs observateurs présents, les alliés opportunistes ou les soutiens de façade au sein de la coalition.
Le président a également tenu à élargir son propos au-delà du cercle partisan, rappelant qu’il reste « le président de tous les Sénégalais », une précaution de langage fréquente chez les chefs d’État sortant d’un scrutin clivant.
Contexte d’une cohabitation sous tension
Depuis l’installation du duo exécutif en 2024, le Sénégal fonctionne selon un régime bicéphale inhabituel en Afrique de l’Ouest, où le président nomme un Premier ministre issu du même parti mais disposant d’une légitimité propre, tirée de sa popularité militante. Les 100 premiers jours du mandat avaient déjà été marqués par des révélations présidentielles sur des contrats jugés irréguliers signés par l’administration précédente, notamment dans les secteurs de la santé et de l’eau. Un an après l’alternance, la question du partage des responsabilités entre la présidence et la primature reste un point de friction récurrent, alimentant les spéculations sur une possible recomposition à la tête de l’exécutif.
