Ousmane Sonko a averti Bassirou Diomaye Faye que son camp remporterait toute échéance électorale à venir, qu’il s’agisse d’élections locales ou d’un scrutin anticipé provoqué par une dissolution. Le leader de Pastef s’exprimait samedi 8 août lors d’un meeting tenu à Linguère, dans le nord-est du pays.
Une double mise en garde électorale
« S’il organise des élections locales, nous le battrons », a déclaré Sonko devant ses militants. Il s’est montré plus offensif sur l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale, qu’il préside depuis mai : « ce sera pire pour lui », a-t-il lancé, avant d’ajouter que ce scénario serait celui que son parti préfère, promettant de battre le camp présidentiel « à plate couture ».
Ces déclarations surviennent alors que le décret fixant la date des élections locales se fait toujours attendre. Selon Djibril Gningue, du Groupe de recherche et d’appui-conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance, le président ne dispose plus que du mois d’août pour le signer, sous peine de dépasser les délais prévus par le Code électoral.
Un attelage rompu depuis mai
La rupture entre les deux hommes, qui avaient porté ensemble l’alternance de 2024, s’est officialisée le 22 mai avec le limogeage de Sonko de son poste de Premier ministre. Le président a perdu dans la foulée sa majorité parlementaire : quelques jours plus tard, Sonko prenait la tête de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165, plaçant Pastef en position dominante dans l’hémicycle.
Diomaye Faye a depuis engagé une démarche similaire sur le plan partisan. Le 25 juillet, il a annoncé la création de son propre mouvement, Kiiraay – Les Patriotes Républicains, pour ne plus apparaître comme le simple relais politique de son ancien Premier ministre.
Un verrou constitutionnel jusqu’en novembre
Une dissolution de l’Assemblée nationale reste pour l’instant impossible sur le plan juridique. L’article 87 de la Constitution sénégalaise interdit au chef de l’État de dissoudre l’institution durant les deux premières années suivant son installation. La 15e législature ayant pris ses fonctions le 2 décembre 2024, à l’issue des élections législatives anticipées de novembre de la même année, cette option ne deviendrait accessible qu’à partir de novembre 2026.
Ce verrou temporel n’a pas empêché plusieurs voix de l’opposition de réclamer déjà la dissolution. L’ancien maire de Thiès Talla Sylla a adressé une lettre ouverte au président, l’appelant à dissoudre l’Assemblée dès décembre 2026, dès l’ouverture de la première fenêtre constitutionnelle possible, tout en plaidant pour l’organisation de larges concertations associant partis politiques, société civile et autorités religieuses.
Sonko a averti que le président sortirait affaibli quel que soit son choix, estimant qu’un nouveau passage devant les urnes désavantagerait mécaniquement le pouvoir en place, qu’il s’agisse d’un scrutin local ou d’élections législatives anticipées.



