Évaluation des politiques publiques : Le Bénin mise sur la preuve pour piloter son développement

Lancée officiellement ce mardi 7 juillet 2026 à Cotonou, la cinquième École d’été « Méthodologies du développement » place l’évaluation des politiques publiques au cœur de la stratégie du Bénin pour atteindre les ambitions de la Vision Alafia 2060.

Le Bénin veut désormais évaluer davantage pour mieux décider. C’est le message central porté ce mardi 7 juillet à Cotonou lors du lancement officiel de la cinquième École d’été « Méthodologies du développement ». Organisée conjointement par J-PAL, l’Agence française de développement (AFD), le Fonds d’innovation pour le développement (FID), le ministère de l’Économie et des Finances et l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), cette rencontre réunit pendant cinq jours plus de 120 chercheurs, décideurs publics, porteurs de projets et partenaires techniques venus d’Afrique, d’Europe et des États-Unis. Au-delà de son caractère académique, l’événement traduit une ambition plus large : faire des données probantes un véritable levier d’amélioration des politiques publiques (📲 Rejoignez dès maintenant 👉 la communauté de La Nouvelle Tribune sur WhatsApp !).

Après Abidjan, Rabat et Dakar, Cotonou accueille cette cinquième édition dans un contexte marqué par l’adoption récente de la Vision Bénin Alafia 2060, qui ambitionne d’inscrire le pays sur une trajectoire de prospérité durable. À travers cette École d’été, les autorités béninoises affichent leur volonté de promouvoir une culture de l’évaluation capable d’éclairer les choix publics et d’améliorer l’efficacité des interventions de l’État.

L’évaluation, un impératif face à des défis de plus en plus complexes

Derrière cette rencontre scientifique se dessine une conviction largement partagée par les intervenants : face à la pression sur les finances publiques et à la complexité croissante des défis économiques et sociaux, il ne suffit plus de concevoir des politiques publiques. Il faut aussi pouvoir démontrer leur efficacité.

C’est dans cet esprit qu’Abdoulaye Gounou, directeur général de l’Évaluation et de l’Observatoire du changement social, a insisté sur la nécessité de placer l’évaluation au cœur de la décision publique. « Les défis du développement sont de plus en plus complexes alors que les ressources publiques demeurent limitées et que les attentes des populations ne cessent de croître. Il est indispensable non seulement d’agir mais aussi de mesurer les résultats des politiques mises en œuvre afin d’orienter les décisions sur la base de données probantes. »

Pour le responsable béninois, les méthodologies qui seront approfondies durant cette semaine constituent des outils indispensables pour apprécier les effets réels des interventions publiques, améliorer leur efficacité et renforcer leur impact sur le développement.

Le gouvernement veut inscrire l’évaluation au cœur de la gouvernance

En filigrane des différentes interventions, c’est un véritable changement de paradigme qui se dessine. L’évaluation n’est plus envisagée comme un exercice réalisé une fois les programmes achevés. Elle est appelée à accompagner la décision publique dès la conception des politiques et tout au long de leur mise en œuvre.

Représentant le ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, empêché, le directeur de cabinet, Alastaire Sena Alinsato, a résumé cette orientation en une formule qui a donné le ton de la cérémonie. « Concevoir une politique est indispensable, la financer est essentielle, mais mesurer objectivement ses effets, comprendre ce qui fonctionne, corriger ce qui doit l’être et orienter les ressources vers les interventions les plus efficaces constituent désormais des exigences incontournables d’une gouvernance moderne. »

Selon lui, cette approche s’inscrit pleinement dans les réformes engagées par le gouvernement, notamment avec l’adoption de la Vision Bénin Alafia 2060 et de la loi-cadre sur l’évaluation des politiques publiques. L’objectif est désormais de faire de l’évaluation un outil permanent d’aide à la décision, au service d’une administration davantage orientée vers les résultats et l’amélioration de la dépense publique.

Des partenaires convaincus que les preuves renforcent l’impact des politiques publiques

Les partenaires internationaux engagés aux côtés du Bénin défendent la même philosophie. Pour Laure Weisgerber, directrice pays de l’Agence française de développement (AFD), les défis liés au changement climatique, à l’urbanisation, à l’emploi des jeunes ou encore à l’agriculture imposent des politiques publiques fondées sur des diagnostics solides et des évaluations rigoureuses. « Les financements n’ont de sens que s’ils produisent des résultats concrets pour les populations et qu’ils contribuent à des transformations durables. » Elle a également rappelé que l’évaluation ne relève pas d’une logique de contrôle, mais constitue avant tout « une démarche collective, continue, d’apprentissage et d’amélioration ».

Même conviction du côté de J-PAL Europe. Son directeur exécutif, Cillian Nolan, a rappelé que le réseau international rassemble aujourd’hui plus de 1.100 chercheurs ayant réalisé plus de 2 000 évaluations d’impact à travers le monde. Il a également mis en avant le partenariat pluriannuel conclu en 2025 avec le gouvernement béninois, destiné à accompagner la création d’un laboratoire de politiques publiques pour renforcer l’utilisation des données probantes dans les processus décisionnels.

Au-delà de la cérémonie officielle, cette première journée s’est poursuivie par une conférence inaugurale consacrée aux liens entre science et action publique, avant un panel de haut niveau dédié au rôle de l’évaluation des politiques publiques dans l’atteinte de la Vision Alafia 2060. Les travaux se poursuivront jusqu’au 10 juillet autour d’ateliers méthodologiques et de formations spécialisées destinés à renforcer les capacités des chercheurs, des administrations publiques et des porteurs de projets. Une semaine d’échanges qui, en dehors de son intérêt scientifique, traduit l’ambition de faire de la culture de l’évaluation un pilier durable de la gouvernance publique au Bénin.

Laisser un commentaire