Les réservoirs souterrains de gaz en Europe affichent un taux de remplissage de 53,67% au 20 juillet 2026, contre 64,4% un an plus tôt. Ce niveau reste inférieur de plus de 15 points à la moyenne des cinq dernières années pour cette période de l’année, selon les données de Gas Infrastructure Europe.
Un rythme d’injection parmi les plus faibles depuis quinze ans
Le volume net injecté dans les stockages de l’Union européenne depuis avril 2026 atteint plus de 28 milliards de mètres cubes, un chiffre qui ne représente que 41% des quantités jugées nécessaires pour couvrir la demande hivernale. Les cadences observées ce mois de juillet comptent parmi les plus lentes enregistrées pour cette période depuis le lancement des relevés en 2011, seules deux années — 2020 et 2024 — ayant fait pire.
Le régulateur européen ACER avait déjà pointé un point de départ dégradé : le taux de remplissage ne dépassait pas 28% au 1er avril, son plus bas niveau en quatre ans. Ce retard s’explique par plusieurs facteurs cumulés : une chaleur extrême en juin et juillet, qui a fait grimper la demande d’électricité liée à la climatisation, des prix du carburant élevés, ainsi qu’une concurrence accrue avec les marchés asiatiques pour les cargaisons de gaz naturel liquéfié pendant les tensions au Moyen-Orient.
Des disparités marquées selon les pays
Les niveaux varient fortement d’un État membre à l’autre. L’Allemagne, première capacité de stockage du continent, affiche un taux de 45,2%, tandis que les Pays-Bas ne dépassent pas 32,4%. La France se situe à 52,6%, devant l’Autriche (58,3%) mais loin derrière l’Italie, qui culmine à 72,2%. Parmi les niveaux les plus bas figurent également la Belgique (29,2%) et la Slovaquie (41,2%).
Un tampon, pas toute la solution
Selon les prévisions de Gazprom, les réserves pourraient ne pas atteindre 75% au début de la prochaine saison de chauffage. Cette mise en garde du groupe russe intervient alors que sa propre part sur le marché européen s’est effondrée ces dernières années : selon les données du Conseil de l’Union européenne, la part de la Russie dans les importations de gaz par gazoduc de l’UE est passée d’environ 40% en 2021 à près de 6% en 2025. Un règlement européen adopté en janvier 2026 prévoit par ailleurs une interdiction progressive de toutes les importations de gaz russe, par gazoduc comme sous forme liquéfiée, d’ici fin 2027.
Ce scénario de sous-remplissage resterait toutefois compatible avec les règles en vigueur : si l’objectif historique de la Commission européenne fixe un remplissage à 90% entre le 1er octobre et le 1er décembre, avec une flexibilité de 10 points en cas de conditions difficiles, Bruxelles a recommandé aux capitales de viser plutôt 80% cette année, une marge de manœuvre que plusieurs analyses énergétiques indépendantes confirment pour la saison 2026.
À titre de comparaison, l’Union européenne avait imposé pour la première fois un objectif contraignant de remplissage des stockages à 90% après le déclenchement du conflit en Ukraine en 2022, dans le but de réduire sa dépendance aux approvisionnements russes. Plusieurs experts du secteur soulignent par ailleurs que le niveau des stockages ne constitue qu’un indicateur parmi d’autres de la sécurité d’approvisionnement hivernale : un flux soutenu d’importations de gaz naturel liquéfié, notamment en provenance des États-Unis et du Qatar, ainsi qu’un hiver aux températures modérées, pourraient limiter les tensions sur le marché même avec des réserves initiales plus faibles que les années précédentes.

…en provenance des Etats-Unis et du Qatar…oui mais, à un prix nettement très élevé par rapport au gaz russe.