Iran : le Golfe replonge, Goldman Sachs revoit ses prévisions pétrolières

Une deuxième journée de frappes croisées entre Washington et Téhéran vient de briser trois semaines de stabilisation fragile dans le détroit d’Hormuz. Goldman Sachs a chiffré, dans une note datée du 8 juillet, un déficit persistant de 10,5 millions de barils par jour dans le golfe Persique par rapport aux niveaux d’avant-guerre, un constat relayé par Bloomberg.

Une reprise déjà freinée avant la nouvelle escalade

Les puits fermés depuis le début du conflit avaient commencé à rouvrir progressivement au cours du mois écoulé, portés par le retour des pétroliers bloqués dans la région depuis mars. Les analystes de Goldman Sachs, dont Yulia Zhestkova Grigsby, notent que les volumes avaient dépassé 80% des niveaux d’avant-guerre dans les dix jours suivant la réouverture d’Hormuz. Ce rebond s’est depuis effrité : les flux sont retombés dans la fourchette basse des 70%, soit 16 à 17 millions de barils par jour en moyenne mobile sur sept jours. L’Arabie saoudite, l’Irak et le Koweït concentrent l’essentiel du manque à gagner encore mesuré en juin.

Le trafic pétrolier via Hormuz a chuté à 8,3 millions de barils par jour, contre un pic de 10 millions atteint après la réouverture — soit la moitié seulement du niveau observé avant le déclenchement du conflit en février. Le Qatar a de son côté suspendu ses efforts de relance sur son site géant de gaz naturel liquéfié, signe que la prudence gagne aussi les producteurs gaziers.

Le facteur iranien plutôt que la logistique

Pour les analystes de Goldman Sachs, le ralentissement ne tient pas à un manque de capacité de transport. « La volonté de l’Iran, plutôt qu’un manque de capacité de transport, est la principale contrainte pour un rétablissement rapide des flux », écrivent-ils dans leur note. Les récentes attaques contre des pétroliers ont accru les coûts et les risques de traversée, poussant armateurs et affréteurs à la prudence tant que le statut du cessez-le-feu reste flou.

Goldman Sachs distingue deux trajectoires possibles. Si les négociations engagées sur une période de 60 jours se poursuivent, accompagnées d’un rétablissement des dérogations américaines sur le pétrole iranien et de garanties de sécurité pour les navires, la banque continue de tabler sur un retour à la normale des flux du Golfe d’ici fin juillet, un scénario qui suppose une hausse de 6,6 millions de barils par jour du trafic à Hormuz. À l’inverse, un échec des pourparlers combiné à une intensification des attaques de pétroliers, voire un blocus américain visant le brut iranien, pourrait entraîner une nouvelle contraction des volumes.

Cette incertitude pèse déjà sur les cours. Le baril de Brent a progressé de 1% jeudi, à 78,88 dollars, pendant que le WTI américain gagnait une proportion comparable, à 74,34 dollars, après des hausses de près de 5% la veille pour les deux références, qui avaient atteint leur plus haut niveau en plus de deux semaines.

Goldman Sachs signale par ailleurs une pression supplémentaire venue de Russie, où les arrêts de raffineries ont atteint 3,8 millions de barils par jour, soit plus de la moitié de la capacité de raffinage du pays, un facteur qui, selon la banque, maintiendra les marges sur les produits raffinés à un niveau élevé sur la durée.

L’échéance à surveiller reste la fin du mois de juillet, horizon fixé par Goldman Sachs pour une éventuelle normalisation des flux du Golfe, conditionnée à la poursuite des négociations en cours entre Washington et Téhéran.

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