Washington s’inquiète des capacités balistiques iraniennes, malgré des mois de frappes américaines et israéliennes visant à démanteler cet arsenal. Selon des analystes militaires américains cités par le Wall Street Journal ce mercredi 22 juillet, la frappe qui a tué trois militaires américains vendredi sur la base aérienne de Muwaffaq Salti, en Jordanie, a été menée grâce à l’un des systèmes les plus avancés de l’Iran, le missile balistique à moyenne portée Kheibar Shekan.
Cette attaque constitue la quatrième visant des troupes américaines dans le pays en cinq jours, un rythme qui alimente les craintes des services américains quant à la capacité de Téhéran à reconstituer son arsenal. Le système en question figurait pourtant parmi les armes entreposées dans des sites souterrains ciblés par les campagnes aériennes américano-israéliennes menées au début de l’année.
Des tunnels de missiles remis en service
Le quotidien américain rapporte que malgré des semaines de bombardements ciblant ces bases enterrées en mars et avril, l’Iran a rouvert plusieurs accès de tunnels, remis en état des voies de circulation et relancé des tirs de missiles depuis certains sites. Cette reprise d’activité contredit les estimations antérieures des services de renseignement américains sur l’ampleur des dégâts infligés au programme balistique iranien.
Le rapport souligne un décalage entre ces évaluations passées et la réalité observée sur le terrain ces derniers jours. La persistance de tirs iraniens capables d’atteindre des cibles américaines, cinq mois après le début des frappes, suggère que Téhéran n’a ni épuisé ses stocks de projectiles, ni perdu sa capacité à contourner les défenses antiaériennes déployées dans la région.
Washington reste sur ses positions
Le Commandement central américain (CENTCOM) a confirmé mardi une onzième nuit consécutive de frappes contre des installations militaires iraniennes, visant notamment des centres d’opérations, des hangars et des dépôts logistiques dans le but de limiter les capacités de Téhéran à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. En représailles, l’Iran a multiplié les tirs contre des bases américaines et alliées à Bahreïn, en Jordanie et au Koweït.
Sur le plan diplomatique, le président américain Donald Trump a exclu mardi toute reprise immédiate des discussions avec Téhéran. « Ils veulent désespérément nous rencontrer », a-t-il déclaré depuis le Bureau ovale, ajoutant que Washington n’accepterait de dialoguer que si l’Iran se montrait « constructif ». Il a également évoqué la possibilité d’une frappe américaine près des principaux sites d’enrichissement d’uranium du pays. Le Pakistan tente de son côté de relancer l’accord intérimaire conclu le mois dernier, aujourd’hui rompu, via des échanges entre responsables militaires et diplomatiques des deux camps.
Un coût financier qui s’alourdit
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a chiffré mardi devant le Sénat le coût du conflit à 37,5 milliards de dollars pour les États-Unis, contre près de 29 milliards estimés à la mi-mai. Il a défendu une demande de crédits supplémentaires de 87 milliards de dollars, jugée « urgente » par l’administration Trump.
Le programme balistique iranien, développé depuis la guerre Iran-Irak des années 1980, repose historiquement sur une doctrine de dissuasion asymétrique face à la supériorité aérienne de ses adversaires — une stratégie qui explique en partie la dispersion de son arsenal dans des sites souterrains difficiles à neutraliser durablement. Les prochains jours devraient déterminer si Washington maintient sa ligne de fermeté ou si la pression financière et militaire pousse les deux camps vers une reprise des pourparlers.



