Un fondateur chinois dépasse pour la première fois ses rivaux américains dans le classement des fortunes bâties sur l’intelligence artificielle. Liang Wenfeng, à la tête de DeepSeek, voit sa fortune personnelle grimper à 36 milliards de dollars selon l’indice Bloomberg des milliardaires, contre 16,7 milliards quelques semaines plus tôt.
Une levée de fonds à l’origine du bond
Ce doublement de fortune découle d’une opération financière précise. En juin, DeepSeek a bouclé son tout premier tour de financement externe, pour un montant dépassant 7,4 milliards de dollars. La valorisation de l’entreprise a alors grimpé à environ 50 milliards de dollars, six fois plus qu’au début de l’année 2025.
Sur ce total, environ 3 milliards proviennent directement de la poche du fondateur — un apport financé par les gains accumulés de High-Flyer, son fonds spéculatif quantitatif fondé avant le lancement de DeepSeek en 2023, et représentant 40 % du montant total réuni. Sa participation dans l’entreprise recule légèrement à la suite de cette dilution, passant d’environ 84 % à 78 %.
Devant Anthropic et OpenAI, mais pas devant tout le monde
Avec cette fortune, le fondateur chinois dépasse désormais deux figures majeures de l’écosystème américain : Dario Amodei, cofondateur d’Anthropic, crédité d’environ 8 milliards de dollars, et Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, dont la fortune est estimée à 25,5 milliards de dollars. Sam Altman, le directeur général d’OpenAI, ne figure quant à lui même pas sur la liste des 500 personnes les plus riches établie par Bloomberg — il ne détient aucune action de l’entreprise qu’il dirige et perçoit un salaire annuel de 76 001 dollars.
Ce classement mérite cependant d’être relativisé. Bloomberg ne recense que les fondateurs dont l’entreprise tire l’essentiel de son chiffre d’affaires de la conception de modèles d’IA — un critère qui exclut les fabricants de puces, les opérateurs de centres de données et les conglomérats technologiques diversifiés. Chen Tianshi, cofondateur du fabricant chinois de puces IA Cambricon, détient à lui seul une participation avoisinant les 40 milliards de dollars, ce qui le placerait devant Liang Wenfeng si les deux secteurs étaient comparés ensemble.
Seulement huitième fortune en Chine
À l’échelle nationale, Liang Wenfeng ne se classe que huitième parmi les personnes les plus riches de Chine. Il reste loin derrière des figures de la tech chinoise dont les empires reposent sur des activités bien plus diversifiées que la seule intelligence artificielle.
L’essor de DeepSeek s’accompagne d’une progression sur le terrain de l’usage. L’entreprise capte aujourd’hui 16,3 % du volume total de tokens échangés sur la plateforme OpenRouter, davantage que Google, Anthropic ou OpenAI pris séparément. Ses derniers modèles, de la série V4, sont proposés à des tarifs nettement inférieurs à ceux des laboratoires occidentaux, ce qui aurait contribué à détourner des clients professionnels vers ses services.
Un an plus tôt à peine, en janvier 2025, la sortie du modèle R1 avait provoqué un choc boursier inverse : les valeurs technologiques américaines avaient perdu plusieurs dizaines de milliards de dollars en une seule séance, Nvidia et Oracle en tête, sous l’effet de la crainte d’une concurrence chinoise low-cost sur l’IA.

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