Face aux rumeurs d’une possible intervention militaire américaine au Mali, Bamako affiche sa détermination à ne pas dépendre d’une aide extérieure. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a affirmé jeudi 23 juillet que son pays comptait sur ses propres moyens pour répondre aux menaces sécuritaires, alors que le Washington Post avait rapporté deux jours plus tôt des discussions au sein de l’administration Trump.
Ce que révèle le Washington Post
Le quotidien américain affirme que la Maison Blanche étudierait plusieurs scénarios de frappes contre le JNIM, groupe djihadiste lié à Al-Qaïda et actif dans la région sahélienne depuis plusieurs années. Ces informations reposeraient sur les témoignages de responsables américains, en poste ou anciens, ayant connaissance des délibérations en cours. Selon cette même enquête, l’exécutif américain resterait divisé sur la question, un rôle moteur étant attribué à Sebastian Gorka, conseiller à la lutte antiterroriste au sein du Conseil de sécurité nationale. Ni la Maison Blanche ni le Pentagone n’ont confirmé la préparation d’une quelconque opération. À titre de repère, le JNIM figure sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères depuis 2018, soit huit ans avant que ces spéculations n’émergent publiquement.
La position de Bamako
Interrogé sur ces révélations, le ministre malien a d’abord souligné l’absence totale d’échange officiel avec Washington : « Nous n’avons aucune confirmation, aucune déclaration officielle des États-Unis », a-t-il déclaré. Il a ajouté que son pays observe attentivement l’évolution de la posture américaine avant de réagir davantage.
Abdoulaye Diop a ensuite rappelé les trois conditions que le Mali pose à tout partenaire étranger : le respect de sa souveraineté, celui de ses choix souverains, et la prise en compte des intérêts de sa population. Il a insisté sur le fait que « le Mali compte sur lui-même », s’appuyant selon lui sur ses propres ressources et sur ses forces de défense et de sécurité pour affronter la menace djihadiste. Le ministre a par ailleurs formulé une attente précise vis-à-vis de tout futur partenaire militaire : que celui-ci consulte d’abord les autorités maliennes sur leurs besoins réels, plutôt que d’imposer un cadre d’intervention.
Une diplomatie sous tension
Cette sortie du chef de la diplomatie malienne intervient après plusieurs ruptures avec les anciens partenaires occidentaux du pays. Bamako a mis fin à la présence militaire française sur son territoire en 2022, puis a exigé le départ de la mission des Nations unies (Minusma) en 2023. Les autorités ont dans le même temps renforcé leur coopération avec Moscou, notamment via le déploiement de l’Africa Corps russe aux côtés des forces armées maliennes. Le pays a également rejoint l’Alliance des États du Sahel, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, deux pays voisins ayant opéré des choix diplomatiques similaires.
Aucun calendrier n’a pour l’instant été évoqué côté américain concernant une possible décision présidentielle. Le département d’État américain se serait pour sa part limité à condamner les actes terroristes visant le Mali, sans se prononcer sur l’option militaire elle-même. La suite dépendra des arbitrages internes à Washington, que Bamako dit suivre sans intention de s’y soumettre.


